‹ L'idée de finalité [microform]; finalité générale et finalité individuelleChapitre 34 sur 50 · Ebbinghaus. Psycholbgie · texte numérisé non relu

Ebbinghaus. Psycholbgie

hPCt LIBERTE

delà des limites permises. Placés en face d'éner-^ gies dont nous ne connaissons ni les lois, ni les formes, ni les modes d'extension et de contact, ni les limites immatérielles, notre ignorance est complète, et le terme énergie étendu à ces élénu»nts spirituels ne sert qu'à nous la dissimuler. Ln porto s'ouvre ici toute grande aux opinions les plus diverses; mais point d'illusions? Alors mémo (juc serait accordé à la volonté le pouvoir d^introduire par évocation, avec ou sans secours extérieur, des motifs prépondérants, le problème ne serait pas pour cela résolu. Le choix de la volonté, dans Tordre nouveau, doit s'étayer de motifs, sous peine d'incohérence et ainsi à Finfini. La liberté nous apparaît comme ces foyers lumineux qui devant le voyageur s'éloignent sans cesse et, à mesure que Ton avance, reculent vers l'infini !

La conciliation de la hberté avec un ordre quelconque de mobiles soulève de grandes difficultés, et il en est ainsi non seulement en ce qui concerne le libre arbitre humain, mais aussi au regaid de rîntdligence sans borne jointe à la toute-puissance, en un mot du divin. L'Être de pouvoir et de science suprêmes ne saurait hésiter entre les motifs^ ni agir à l'encontrc du motif supérieur; il serait donc nécessité ! Aussi bien l'explication de la liberté en Dieu dépasse-t-ellé notre raison. Sur ce point philosophes et théologiens n'ont pu se mettre d'accond^

l/lDÉE DE FINALITÉ

les uns déclarant que la divinité est libre, les autres qu'elle est nécessité, d'autres enfin qu'elle est libre à certaines conditions ^ On voudrait concilier rim|)Ossibilité apparente de la liberté et sa réalité, dilemme négligé par Kant et qui cependant tiendrait sa place parmi les fameuses antinomies. Pour comprendre ces choses, et combien d'autres, nous avons le sentiment que Tintuition pure portant sur Tau-delà serait nécessaire, et cette intuition nous ne Tavons à aucun degré. Entre notre intelligence et le problème à résoudre il n'y a pas de commune mesure \

Lorsque Tac^ivité intellectuelle autonome décide à rencontre du bénéfice immédiat et sensible, le sentiment de l'effort volitionnel apparaît avec une intensité qui impressionne et la décision prise réagit visiblement contre la plus grande résistance. De cela, illusion ou non, nous avons la conscience, l'intuition. Aussi bien la croyance à la liberté est-

1. Dieu est libre d'après Descartes; nécessité pour Spinoza; nécessité par le meilleur pour Leibniz ; il est la liberté même d'après Secrétan. La Scolastique enseigne que Dieu est libre dans le choix du but, nécessité dans les moyens. « En Dieu, dit Hegel, volonté et raison sont d'accord. Dieu est donc nécessité ; mais lorsque l'intelligence est sans limite, cette nécessité devient liberté », etc., etc.

2. Depuis les travaux de Renouvier, Pillon, Duhring, Evelin, etc., la tendance est à reconnaître que les antinomies de Kant n'existent qu'en façade. LUes résulteraient d'un faux point de départ qui, aujourd'hui corrigé, permet une orientation définitive dans le sens finitiste.

LA LIBERTE

elle profondément ancrée dans le cœur des hommes. Que l'erreur soit universelle, c'est possible ; qu en savons-nous ? Pourquoi la pensée, qui serait alors un triste privilège, nous tromperait-elle à ce degré ?

L'universel consentement, joint aux protestations de la voix intérieure, n'est pas sans avoir troublé les philosophes qui ont écrit sur la matière, ce qui revient à dire l'universalité des penseurs dans tous les temps et tous les pays. Aussi bien les négations ou les affirmations ne sont-elles pas toujours nettes et l'on y sent comme un scrupule de conscience, un effort de palliation. Peut-être seraitil possible de classer les auteurs, tant anciens que modernes, quant à la liberté, en quatre groupes, sous les rubriques suivantes : la négation, l'affirmation, les demi-libertés, l'illogisme.

Les premiers, soit au nom des lois d'énergie, soit en invoquant le principe de continuité ou Tobstacle psychologique, soit pour tout autre motif de croyance ou de raison, proclament le déterminisme absolu, sans égard pour l'illusion commune et la dégradation que de ce fait ils imposent à l'humanité; les seconds, écartant l'obstacle physiologique, invoquent la conscience universelle et la nécessité logique, ou recourent à l'argument direct fondé, en général, sur Télimination du temps, d'où suppression de la succession et de la causalité ; les troisièmes, après avoir rejeté la

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liberté nfont d«8 cesse qu'ite ne l'aient réinstallée; au moins en^ effigie, par des voies détournées^ de^ là ces petites libertés destinées à concilier des contradictions et qui en! réalité nf atténuent à aucun degré le déterminisme le plus rigoureux. L'illogisme enfin invoque ou; combat les arguments au gré d'opinions préconçues, et finalement comme éclairé par la grâce; aboutit non sans fracas au dogmatisme sentimental, moins rude mais non moins insupportable que le dogmatisme scientifique. Prenons ces^^ cas les uns après les autres^ et citons quelques exemples.

li/aro-ument déterministe se basait autrefois sur Le principe de continuité et la causalité psycholov gique ; il se complétait d'une conception, panthéiste dans laquelle toute chose, étant émanation- de lau divinité, arrivait à son rang, à sa place dans l'ordre universel *. Le lorrain n'est pas abandonné de no» jours bien que l'on comprenne mieux aujourd'hui^ l'arbiti'aire de soumettre la succession des états de' conscience aux exigences d'une causalité observée^ dans les phénomènes visibles et le danger d'incun^ sionner en un domaine dont les lois nous échappent etl où^ ce que peut être et dans quelles conditions agit une cause première, qu'il sfagisse de L'homme

1. Sic les stoïciens.dont les argumente devônufr classiqueB reviennent sans cesse dans les discussions sur le libre arbitre; Spinoza, etc., etc..

OU de r&' divinité, dépasse notre compréhension, lia' vraie citadelle' du déterminisme ^ devenue seienh lifique se trouve actuellement^ dans la biologie' ou plutôt la. physiologie, et Ife direction du' mouvementi, en cequ'il a de logique eV de positif a|)pai^ tient aux adeptes de celte dernière science. Ici nul égard pour les illusions du genre humain que l'on explique anatomiquement et physiologiquement '. Trop longue serait la liste s'il fallait nommer les lôtes de colonne dans l'assaut que subissent' ainsi la liberté et la spiritualité en général! Quant aux arguments mêmes, fondés sur les^ loi* d'énergiej nous connaissons leur' valeur et aussi lies limites au del6i desquelies ils ne sauraient atteindre et que pourtant l'on n'hésite guère à franchir. II. est à remarquer que les physiciens, précis dans leurs déductions se montrent moins disposés que les biologistes, bien que l'énergie soit essentiellement de leur compétence, à trancher de haute- volée lés énigmes de l'Univers. Sur le terrain- mystérieux' êa

^ Par sa complication même, diront, les biologistes déterministes, l'acte Pèflexe prend à' nos yeux le caractère dUn choix. Les effluves qui par les. voies neuraJes se. dégageât du plus profond de notre organisme, jointes aux iniluences des résidus psychiques quii gouwernenti les^ centres d association, se fondent devant notre conscience en percepUons plus ou moins vives, d'où résulte l'imision d'une délibération, suivie dacte, d'une décision libre.. C'est ainsi. q|ie se iuslifierait l'aphorisme de Spinoza « que les hommes sont conscients de leurs actes mais ignorante des causes q«i les déterminent » (V. Les Inconnus de la Biolof/ie déterministe.. Paris, Alcan l"Jt4).

LA LIBERTE

vital où fléchissent les rigueurs des déductions, la pratique de Tanatomie et Tusage du scalpel inclinent Tesprit vers les réalisations immédiates et ne prédisposent pas à la perception des difficultés spéciales dissimulées sous Farmature visible du système nerveux.

Pour les théologiens, \ affirmation^ en ce qui concerne la liberté est avant tout article de foi ; quant aux philosophes, depuis Arislote jusqu'aux contemporains, en passant par Epicure, Descartes, Shelling, Renouvier, E. Boutroux, Bergson et bien d'autres que je ne puis nommer, ils invoquent, les uns le témoignage de la conscience, les autres Fanalyse psychologique et la responsabilité, le finalisme de Tespace et du temps, la préexistence des attributs divins, le développement de la spontanéité, rélimination du temps au profit de la durée, la contingence des lois de la nature, une certaine indétermination conciliable avec les lois de la mécanique, etc., etc.. Trop de systèmes, et qui montrent l'impossibilité où nous sommes sans doute de trouver le bon, de proposer l'explication nécessaire et entièrement suffisante.

D'après Secrétan, l'auteur d'un traité sur la liberté qui fit sensation en son temps, Thomme est libre parce que créé par Dieu, qui est la liberté même, il ne saurait être autrement que libre ; ce la

« liberté est le principe même des choses, elle est « partout et le déterminisme même est un produit « de la liberté ^ ». Moins mystique Renouvier, dans une argumentation très serrée, repousse l'infini au nom de la catégorie du nombre et prouve ainsi la possibilité des commencements absolus ; Tacte libre serait un de ces commencements". Plus près de nous, M. E. Boutroux affirmant la contingence des lois de la nature, « ramène ces lois aux habitudes des « causes, puissances créatrices et spontanées, « qu appelle et que soutient la liberté infinie qui « se donne à elle-même, comme le disait Descartes, « rinfinie perfection » ^ D'après F. Evellin, la spontanéité ou « l'acte de Têtre à son gré et pour « son compte », devient l'équivalent de liberté par des transformations successives ; au premier stade,

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