V. Elie Méfie, op. cit
En celte atmosphère, pour qui en est pénétré, pour qui ouvre les yeux, les objets changent de forme, leur isolement cesse ; docilement ils prennent leur rang selon des lois inconnues; une main presque visible les insère à leur place dans la synthèse universelle. Nous aussi nous participerons à cette grandiose finalité qui si elle n'est juste serait monstrueuse ; après l'épreuve viendra' la récompense, et nos espoirs d'un dédommagement ne
seront pas déçus.
Quant à la personnalité, de quelle manière, par quel moyen, dans quelle mesure sera-t-elle conservée? Comment le savoir? Mais qu'elle disparaisse, engloutie à jamais dans le flot des générations successives, évanouie, dissipée, c'est là ce que le cœur et la raison n'admettront pas. Sans parler de la justice absolue, les plus hautes aspirations de l'âme, son espoir religieux, les sentiments affectifs et moraux, privilèges de l'homme, seraient donc traités par le divin ordonnateur à l'instar de ces jouets que Tenfant brise lorsqu'ils ont cessé de lui plaire ! L'humanité pensante se refuse à le croire. Serait-il en tous cas logique de nier un résultat, juste, probable, sanctionné par l'opinion universelle, sans lequel l'existence du monde est incompréhensible et la raison des choses s'effondre dans l'incohérence, de nous insurger, en un mot, contre la conservation de la personnalité sous prétexte
CONCLUSIONS
que les moyens de réalisation dépassent notre entendement! Combien de phénomènes, autour de nous, rendus familiers par l'habitude et que cependant, s'il ne nous était donné de les contempler journellement, le mystère de leur élaboration nous interdirait d'admettre. Considérez l'œil humain, l'oreille plus étonnante encore, l'œuf dans lequel, par d'inconcevables réactions, un mélange de phosphate et d'albumine devient en quelques jours un poussin tout formé, vivant et ailé ! Voyez ces deux germes entre lesquels les plus puissants microscopes ne signalent aucune différence sensible; l'un produira un chat, l'autre un homme doué d'intelligence et de volonté, image de ses parents et quelquefois d'un ancêtre éloigné dont il reproduit les traits et le caractère. Contemplez Tordre- cosmologique, ces lois de la mécanique qui, disait Leibniz, sont belles mais ne sont pas nécessaires. Tout cela n'est-il pas l'indice d'une pensée productrice et organisatrice dont l'esprit n'aperçoit pas le sommet et ne conçoit pas l'étendue! Devant les prodiges accomplis dans cette matière que nos sens scrutent et exploitent depuis l'origine, la raison est impuissante, et elle prétendrait connaître le monde spirituel et juger en dernier ressort des mouvements qui s'y produisent! C'est donc que nous voulons égaler notre intelligence à TinteUigible et loger dans notre cervelle la sagesse de l'univers !
L'orgueil du microcosme humain se flatte en invoquant rincompréhensibilité des moyens; c'est là bien certainement, le plus mauvais des arguments !
On pourrait imaginer, selon la théorie évolutionniste, une ascension depuis les premiers organismes vivants en une hgne divergente, choisie et privilégiée. Grâce à l'apport d'éléments nouveaux l'esprit autonome, modifié dans sa nature, se dégage des limbes à mesure que se perfectionne le cerveau, instrument de son activité. La raison s affirmant dans rhomme, Tavènement du libre arbitre et la responsabilité naissante seraient peut-être l'exacte contre-partie de là faute originelle symboliquement interprétée.
En résumé une sorte d'évolution scindée allant d'un côté sans espoir de retour, vers l'animal soumis à la logique des images et à l'instinct et de l'autre vers l'homme que l'étincelle divine a pénétré lui conférant raison, libre arbitre et responsabilité. Un progrès moral dans le sens où nous en voyons l'ébauche, continu, comme la marche vers l'infini^ ;
1. Mais, dit Leibniz, cette vision ou connaissance de Dieu ne saurait être pleine parce que Dieu étant infini, il rie saurait être connu entièrement. Ainsi notre bonheur ne consistera pas et ne doit point consister en une pleine jouissance où il n'y aurait plus rien à désirer, qui rendrait notre esprit stupide, mais dans un progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et à de nouvelles perfections (Leibniz. Principe de la nature et de la grâce, cité par Janet et Séailles, op. cit.).
CONCLUSIONS
un progrès dans lequel, est-il besoin de le dire, car c'est là une condition de sa nature même, les droits et les espérances de l'humanité seront sauvegardés.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction