‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 1 sur 53 · A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE

L'auteur du présent travail exprime ici toute sa reconnaissance

d’abord à MM. ROBIN et RIVAUD, professeurs à la Faculté des lettres de Paris, qui ont bien voulu le guider dans ses premières recherches sur les antésocratiques,

ensuite et surtout à M. Jean WAHEL, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, dont les indications et conseils lui ont permis de donner à son étude sa

forme actuelle.

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Le présent travail n’est nullement une étude d’ensemble des philosophes présocratiques, mais se limite à l’examen d’un problème très particulier, dont nous voudrions préciser les termes.

Nous savons qu'avant la naissance des premiers systèmes élaborés par les Ioniens, les Pythagoriciens, les Eléates, il y avait eu en Grèce une pensée déjà consistante, à la fois littéraire et mythologique, et que cette pensée, dont Homère et Hésiode furent les principaux représentants, avait derrière elle un très long passé, pendant lequel s'étaient petit à petit élaborés une grande partie des matériaux dont elle a pu ensuite disposer. Mais cette évolution n’a pas été seulement une acquisition de nouvelles connaissances: elle a été surtout la formation d’une structure mentale, laquelle a procédé sans doute des conditions ethnologiques, sociales, politiques, religieuses, dans lesquelles lhellénisme s’est développé.

Or parmi ces divers aspects, celui qui se rapporte au passage des croyances religieuses aux conceptions philosophiques est bien l'un des plus importants. Seulement ce passage n’a été ni rapide ni simple: on n’a pas utilisé les premières pour les considérer tout de suite comme des acquisitions scientifiques; on ne les a pas non plus purement et simplement abandonnées pour y substituer des conceptions philosophiques. La loi de permanence des pratiques religieuses au delà de leur signification

vaut pour les mots et même dans une certaine mesure pour les idées: elles subsistent au delà de leur contenu primitif et, tout en s'exprimant par la même formule, elles peuvent avoir une signification très différente. C’est cette transformation de leur formalité avec la conservation de leur matérialité qui rend le problème à la fois très intéressant et très difficile.

C’est aussi un problème immense, surtout lorsqu'il s’agit du passage de la religion grecque, dont on connaît de mieux en mieux l'importance au point de vue de la civilisation hellénique en général, à la philosophie des précurseurs de Platon et d’Aristote, puisqu'ils ont été les fondateurs de la Philosophie elle-même. Nous ne pouvons donc pas songer à l’aborder dans toute son étendue. Mais il nous a paru utile d'essayer l’étude d’un point très déterminé de cette évolution. Sans doute le résultat n’en pourra être que très partiel. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de séparer un détail d’un phénomène aussi complexe sans fausser quelque peu la perspective sous laquelle on devrait le voir pour le connaître d’une manière tout à fait exacte. Nous espérons cependant que ce ne sera pas tout à fait vain, s’il est vrai qu’une heure de synthèse doit être préparée par des années d’analyse. Puisse celle que nous tentons ici être capable d’apporter une utile contribution.

Nous voudrions donc choisir dans le domaine des idées religieuses helléniques l’une de celles qui ont etficacement contribué à l’élaboration de la philosophie. Or l’idée de Justice nous paraît répondre assez bien à ce rôle. Thémis et Dikè en effet ont été à la fois des objets de culte, l’expression de sentiments religieux et des personnalités mythologiques; d'autre part les premiers philosophes en ont fait un élément important de leur con-

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