‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 21 sur 135 · Misère de la Philosophie, chap. I · texte numérisé non relu

Misère de la Philosophie, chap. I

3. « Un état social ne meurt jamais avant que ne soient développées en lui toutes les forces productives qu'il pouvait renfermer ». K. Marx, Critique de l’économie politique. Traduction française. Schleicher. Paris, 1899. Préface.

économique fondamentale se manifeste par la perversion la plus complète des conditions de la vie sociale, la destruction même de ces conditions.Tandis que sous les régimes précédents, les classes opprimées pouvaient au moins végéter, traîner tant bien que mal une « vie d’esclavage », le développement logique du capitalisme l’amène à supprimer toute possibilité d’existence pour le prolétariat, c'est-àdire pour « l'immense majorité » de la société. Réduits à une pauvreté sans cesse grandissante, les prolétaires qui n’ont pas de propriété ignorent ce que c’est que la famille et l’internationalisme de l'exploitation a supprimé pour eux le lien national (1), la bourgeoisie ne peut plus faire vivre la société: c’est donc que son existence « n’est plus compatible avec la vie sociale ».

Or, en face de la bourgeoisie capitaliste maintenant ne se dresse plus qu’une classe digne de ce nom, animée de l’énergie révolutionnaire : c’est le prolétariat. Au prolétariat incombe donc le rôle de prendre en main la direction de la production que la classe bourgeoise est incapable d’assurer désormais. Cette mission civilisatrice, il la remplira en supprimant l’exploitation économique et son signe matériel dans l’usine, le salariat, dont l’union

1. Paragraphe 27, p. 31, 38 et 40. Ce passage du Manifeste consacre le thème traditionnel de la littérature socialiste de la première moitié du xrx‘ siècle.

révolutionnaire des travailleurs par l'association, fruit de la grande industrie, abolit les conditions d'existence (1). Ainsi la grande « tragédie du travail » qui s’est déroulée à travers les siècles aboutira à cette révolution de l'immense majorité qui fondera, sur les ruines de l’ancienne société civile, une association excluant les classes et leur antagonisme (2). C’est l’aboutissant nécessaire du mouvement historique par le développement des antagonismes immanents aux formes de la vie sociale. « La ruine de la bourgeoisie ei la victoire du prolétariat sont également inévitables (3). »

B. — Caractères généraux de cette étude

Le trait le plus saillant, le plus immédiat de ce tableau dramatique des luttes de classes qui constituent la trame de l’histoire moderne nous paraît être son caractère esthétique. Dans le seul ouvrage où il se déroule de façon systématique, et qui est, notons le, car cela a son importance, le Manifeste du parti communiste, ce qui frappe, avant tout, c'est le balancement harmonieux de toutes les parties et la symétrie constante des descriptions (4). Le point de

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