LA CONCEPTION DÉMOCRATIQUE DE LA LUTTE DES CLASSES
Nous avons vu que Marx, dans sa conception pratique de la lutte des classes, ne s'était jamais complètement dégagé de la tradition jacobine ou hblanquiste, c’est-à-dire de la tactique d’ordre politique et insurrectionnel qu’avaient consacré, en Europe et principalement en France, les révolutions contemporaines. Si Proudhon, lui, donne la formule d’une action plus spécifiquement prolétarienne, il n’en reste pas moins que ses définitions théoriques sont imprégrées de l’idéalisme démocratique, fils de 1789 ou de 1793. Ce même idéalisme, il nous a été facile de le constater à maintes reprises, au cours de l’évolution idéologique de l'Association internationale des Travailleurs, et la Commune de Paris nous est apparue, dans son esprit et dans ses actes, comme un mouvement essentiellement blanquiste La conception dont nous abordons présentement l’étude, offre, au plus haut degré,la combinaison de ces deux
aspects, l’un spéculatif et l’autre pratique,d’un même état d'esprit que l’on saisit, isolés ou réunis, dans toute la pensée socialiste du xix° siècle. En examinant brièvement les données théoriques assez pauvres d’ailleurs et dépourvues d'originalité, pour analyser de plus près les formules d’action, nous essaierons de déterminer dans quelle mesure le blanquisme et l’idéalisme démocratique y revêtent des formes nouvelles, ou s’y rattachent à leurs aspects traditionnels.
C’est en France que la conception démocratique de la lutte des classes a pris toute son ampleur doctrinale et a fait preuve de plus de vie. Nous l’étudierons par conséquent sous sa forme française, qualifiée communément de « guesdisme ».