‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 85 sur 135 · Guesde, op. cit., p · texte numérisé non relu

Guesde, op. cit., p

3. Guesde, Quatre ans de lutte de classe à la Chambre (Socialisme révolutionnaire et socialisme chrétien, p. 26).

Il s’agit bien, pour M. Guesde comme pour Proudhon de continuer et de compléter l’œuvre d’émancipation inaugurée en 1789. Mais tandis que l'un assigne cette lâche à la classe ouvrière autonome agissant en dehors des formes politiques traditionnelles, l’autre emprunte le bras séculier de l’autorité collective parce qu'il ne voit «de solution aux antagonisme sociaux, convulsant de plus en plus le monde moderne, que dans la propriété nationale doublant la souveraineté nationale et en faisant une réalité (1).

L’unité, préconisée par le guesdisme, semble donc bien dépasserla portée d’une tactique, pour se hausser jusqu'à l’idéal d’une démocratie économique ou d’unétatisme prolétarien. Est-ce à dire, toutefois, que démocratique par sa tendance fondamentale, le gnesdisme cherche à réaliser ses fins, par les voies de la démocratie politique et que sa € conquête du pouvoir politique » soit une conquête électorale et rien d'autre. M. Jules Guesde s’en défend énergiquement. Au Congrès du parti socialiste tenu à Nancy en août 1907 il s’exprimait ainsi :

.… Je n’ai jamais subordonné l’émancipation du prolétariat à son avènement électoral ou légal. Jamais je n'ai laissé

croire une seule minute aux travailleurs... que le bulletin

1. Cf. Onze ans d'histoire socialiste (Manifeste des élections législatives de 1893).

de vote pouvait suflire à les affranchir.…. ; les élections ne sont qu'un moyen d'organiser le prolétariat : ce sont ses grandes manœuvres. Il prend, là, conscience et mesure de sa force en même temps qu'il se rapproche de la position à emporter jusqu’à ce que, sous une poussée de deux, de trois, de quatre millions de voix, plein de confiance en lui-même il donne le

coup d’épaule final, faisant jouer son droit à l’insurrection,

accomplissant sa révolution inéluctable.

Et il ajoute un peu plusloin qu'ilne voyait « dans la lutte politique à coup de bulletins qu’une préparation, un entrainement à la lutte à coups de fusil (1)».

Il ne faut pas voir, semble-t-il, dans cette affirmation l'expression d’un opportunisme destiné à assurer le triomphe d’une des motions présentées au Congrès. M. Guesde l’appuie de cette conclusion : « Ce langage, je l’ai tenu partout et toujours (2). » A plusieurs reprises, en eflet, nous trouvons sous sa plume des réflexions ou des observations de même nature. Commentant en 1884 une crise économique qui se faisait sentir à Lyon, il écrivait : « Ce qui serait plus qu’incompréhensible, ce qui serait désespérant, c’est

1. Cf. Bibliothèque du mouvement socialiste. — J. Guesde, H. Lagardelle, E. Vaillant, le Parti socialiste et la Confédération du Travail (discussion). Paris, Rivière, 1908, p. 39-40.

2. Cf. Bibliothèque du mouvement socialiste, — J. Guesde, H. Lagardelle, E. Vaillant, le Parti socialiste et la Confédération du Travail (discussion). Paris, Rivière, 1908, p. 39-40.

que l’idée de marcher sur l’hôtel de ville. ne fût pas montée du ventre au cerveau des affamés. Là est en effet dans la prise de possession des pouvoirs publics par la classe ouvrière le remède à tous les maux ouvriers... Mais si c’est par là qu’on devra fatalement finir, ce n’est pas par là qu’on peut commencer. Pour un semblable assaut... il faut une crise générale qui ne saurait tarder et la véritable armée qu’elle fera sortir de terre (1). » Et ailleurs encore (2), après avoir rappelé que « pour s'emparer de l'État qui domine de ses canons les magasins regorgent de tout ce qu a crié et de toui ce dont manque le travailleur il faut commencer par en faire le siège ; pour en enfoncer la porte il faut commencer par les battre du flot de nos délégations » ; il affirme avec énergie sa foi blanquiste :

« Dans cette mise en contact de la rue avec les Chambres, en vue de faire balayer celles-ci par celle-là est le salut ef il n’est que là! » En 1884, le Congrès de Roubaix, le plus important que tint jamais le Parti ouvrier, accentuait la note en déclarant que pour organiser le pouvoir révolutionnaire il ne faudrait pas recourir Q à l’expédient du suffrage

1. Article du Cri du Peuple. — Cf. État politique et morale de

classe, p. 57. s 2. Article du Cri du Peuple. — Cf. État politique et morale de

classe, p. 91 et 97.

universel. Les groupes du Parti ouvrier devront être seuls à agir et ils agiront dictatorialement » (1). Dans toute cette littérature de propagande nous saisissons l'expression d’un blanquisme foncier, mais d’un blanquisme rajeuni et adapté à la forme présente des sociétés. La plupart des socialistes contemporains s’attachent à montrer que les conditions actuelles de la vie sociale rendent illusoire la tactique qui assura le succès des révolutions passées. Cette tactique, au contraire, le guesdisme la maintient en ce qu'elle a d’essentiel, l'appel au coup de main, mais il se préoccupe, en même temps, de le fonder non plus seulement sur le droit naturel de la misère ou de la faim, mais sur le principe même de la démocratie politique, la loi des majorités. C’est en constituant les masses à l’état de Parti ouvrier que l’on assurera le libre jeu de cette loi, jusqu'ici comprimée ou pervertie, et ce seul jeu provoquera la « poussée » de plusieurs millions de voix à l’aide de laquelle les militants, revêtus d’un mandat insurrectionnel,remettront à la nation enfin organisée en démocratie sociale la direction de son outillage économique (2). Si le suffrage universel, tout au moins

dans la pensée originaire du guesdisme, n’est pas

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