Manifeste, $ 23, p
2. Cf. la Lettre à Kugelmann, citée au chap. II. 3. Cf. A. Blanqui, Critique sociale, 2 vol. Paris, Alcan.
social concentré » dont le triomphe politique accomplira la révolution économique. Le bulletin de vote libéré est un merveilleux instrument pour créer celte unité qui est la condition nécessaire et suffisante de la victoire. Les ouvriers — à tendances corporatistes et mutuellistes — qui forment la majorité du Congrès tenu à Lyon en 1878 réclament « la représentation directe du prolétariat au Parlement », reprenant ainsi la tradition de ces candidatures ouvrières dont Proudhon saluait l’avènement en 1864. Le Congrès de Marseille décide d'affirmer la lutte de ciasses par la représentation directe « à tous les corps élus » et crée dans ce but le Parti ouvrier dont Marx l’année suivante va motiver ainsi le programme » :
.…. Considérant (1):
Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive ou prolétariat, organisée en parti politique distinct ;
Qu'une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d’instrument de duperie qu'il a
été jusqu'ici en instrument d’émancipation.…
Ainsi, dès l’origine, en affirmant sa prétention d’in-
1. 1879. Consulter sur ces deux Congrès l'ouvrage de Blum et l'étude plus détaillée de M. de Seilhac, les Congrès ouvriers, 2 vol.
tervention personnelle dans les corps élus, émanation de la volonté générale et de la souveraineté du peuple, le guesdisme se place, comme on l’a dit, «dans le cadre de l’État politique traditionnel » (1) ; sous les auspices de Marx, il veut réaliser l’unité ouvrière à l’aide des organes de l’unité démocratique, acceptant ainsi consciemment ou inconsciemment l'héritage de centralisation étatique édilñié par les rois et la bourgeoisie révolutionnaire.
Il importe, toutefois, de remarquer que pour Marx ceite unité politique que créera l’action électorale du parti ouvrier n’est elle-même qu’un moyen, une formation de combat. Il n’apparaît pas du tout d’une manière certaine qu'il en soit de même du point de vue guesdiste. Si le Manifeste prévoit la nécessité d’un certain étatisme prolétarien, il ne l’admet que comme le premier acte de la Révolution ouvrière doni la fin dernière est essentiellement anarchiste (2). Un terme fréquemment employé par Marx est celui « d'association ». On le trouve beaucoup moins souvent dans les programmes ou les articles de M. Guesde. Ce dernier, raillant les tendances rétrogrades des communalistes affirme qu’à chaque progrès social correspond un moindre « degré
1. Cf. Berth, les Nouveaux aspects du socialisme. Paris, Rivière, 1908. Bibliothèque du mouvement socialiste, p. 10.
2. Lagardelle, l’article cité, Mouvement socialiste, 15 mars 1908. — Cf. également, La Commune de Paris, passim.
d'autonomie des groupes » (1). Ailleurs, il dit de la classe ouvrière qu’ &elle sait que ce n’est pas avec l’aide de cet État nécessairement ennemi qu’elle s’affranchira, mais contre lui, en s'en emparant et en le retournant contre la classe qui le détient depuis près d’un siècle » (2), Peut-être pourrait-on voir dans cette indication le pendant de cette & dictature du prolétariat » phase proclamée nécessaire par Marx. Mais le texte suivant paraît bien être significatif, d’une conception d’après laquelle la lutte des classes se dénouerait sur un plan symétrique de celui où se réalisa le triomphe de la démocratie politique :
Ilsuflit.. que de même qu'elle a pris, au moins dans les pays à suffrage universel, la direction de son outillage politique, la société composée de membres égaux en droit et en
devoirs prenne la direction de son outillage économique (3).
On saisit d’un bout à l’autre de ces quelques lignes la volonté constante d’affirmer le parallélisme de la démocratie politique et de la démocratie sociale, de la lutte politique et de la lutte économique, en laissant apparaître la génération de l’une par l’autre.
1. Cf. Jules Guesde, État politique et morale de classe. Paris, Giard et Brière, 1701, p. 425. Il est intéressant d’opposer à cette thèse l'apologie du communalisme faite par Marx dans {a Commune de Paris.