CONCLUSION
u de réussite du projet de Bent
de nombreux et grands es 3spéré de voir arriver enfin « irieuse de justice et de paix litivement les épées et les la harrues ». Bien des plans de t encore été édifiés, qui sont ■ 5 aînés dans la poudre des bi i les plus célèbres, nous cite te, Shelling, Cornélius de B( larowski etc. Le Tzar de Ri issé séduire par ces idées g
rappelle son retentissant n:
ésarmement. Le tribunal arb ictionne depuis plusieurs anr
groupe parlementaire de l'e idé pour arriver à la « Conc nale ». Tous ces efi'orls n'ont ;uerre de continuer son tri
et aujourd'hui nous assisto
Tun des plus sanglants conflits qui aient existé. L'œuvre de Bentliam et de tous ceux qui ont été bercés par les mêmes chimères a-t-elle donc été stérile et vaine? Ohl certes ce furent des esprits paradoxaux qui méritent la qualification d'utopistes. Pourtant il y a quelque chose de pis que l'utopie: c'est l'obstination à soutenir des abus. On peut reprocher à leurs projets d'être chimériques, leur but fut élevé. Au milieu des clameurs des champs de bataille ils ont apporté l'espoir d'une concorde universelle. Or espérer n'est-ce pas tout ici bas? Certains faits semblaient, à première vue, leur donner raison. Si la constitution de la ligue hanséatique avait, dans un intérêt de commerce, uni, pendant plusieurs siècles, au delà de 80 villes dont les députés décidaient de la guerre, de la paix, des alliances ; si la confédération germanique durait depuis si longtemps, malgré bien des bouleversements, pourquoi Bentham, Henri IV, l'abbé de Saint- Pierre et Kant ne pouvaient-ils pas croire à une Europe liée par des principes pareils ? L'arbitrage organisé dérive de leurs projets, l'arbitrage qui a rendu de nombreux services, empêché parfois des guerres, rapproché des nations.
Les conventions internationales si nombreuses depuis quelques années ne sont elles pas conçues dans le même esprit?
erait-il désirable que le projet de Bentham
de quelque aulre se réalise ? Non, rêpon-
t certains, affirmant que la générosité dispa-
, durant les périodes de longue paix, que c'est
ours ce qu'il y a de plus mauvais dans
mme qui subsiste à ces époques-là, car elles
luisent la veulerie, la bassesse de penser, la
■uption. Elles émoussent tous les beaux sen-
mts. On ne songe plus qu'aux satisfactions
a chair. La volupté produit alors la lubricité,
irocité. Hegel est de cet avis, « dans les
ps de paix, dit-il, les citoyens s'adonnent à
vie pleine de mollesse et de douceur, qui
(ne la corruption et l'abaissement, pour finir
une décomposition complète », d'où il s'en-
'rait que la guerre serait un puissant élé-
it de civilisation, comme le reconnaît le
Leur Lieber. « Quelque paradoxal que cet
iment puisse paraître, dit-il, il est indubita-
que la guerre met les peuples en contact
lédiat et opère un fécond échange de pensées
le sentiments, entre des nations qui autre-
it resteraient toujours isolées. C'est une lutte,
C'est un état de souffrance nécessaire, mais en
même temps salutaire pour l'humanité », et
ainsi Bentham n'aurait pas tout à fait raison
lorsqu'il essaye de prouver que la guerre, de
quelque manière qu'on l'envisage, est ruineuse,
éfaste et sans profit, même pour le vainqueur. Assurément il ne faut pas prôner, sur un mode 'op haut, l'esprit de conquête ; quoi que l'on dise, î guerre est un terrible fléau qui accumule d'inlombrables ruines, mais une nation ne doit pas on plus oublier le soin de sa conservation, ans l'enchantement de rêves trop beaux, trop umanitaires. « Elle se couvrirait d'une gloire "umortelle, dit l'auteur anglais, celle qui la remière désarmerait et adopterait mon plan », DUS croyons plutôt qu'elle se livrerait, sans éfense, aux appétits de ses voisines. Il a loueurs raison le vieil adage latin : « ai ois pacem ara bellum ». Oh oui! si tu veux la paix, prélares la guerre, le réveil pourrait sonner dans épouvante des batailles perdues. Thomas lorus est dans la vérité quand il nous montre es Utopiens qui « malirré l'aversion qu'ils ont lour les armes ne laissent pas de s'y exercer, |ui ne déclarent la guerre, qu'à leur corps défenlant, et sur un déni positif de justice, mais qui, près avoir tiré l'épée hors du fourreau, ne la émettent, qu'après s'être assuré une vengeance datante des insultes et des torts qu'on leur a aits »(1). Et ainsi, malgré lafllrmation contraire
1. Thomas Morus, Voyage àtiled'i'/o/ne, Paris, Delagrave, 888. Voir chapitre VIII, De l'art miliiaire en Utopie.
de Bentham, nous croyons qu'une nation, qui sera crainte et respectée, sera moins exposée aux insultes et aux guerres qu'une nation faible, sans défense, dont la seule force réside dans la justice de sa cause.
A Rome, autrefois, quand un esclave, sous les rayons ardents du soleil, travaillait durement et péniblement, la tète courbée sur la glèbe, parfois, sur la route, s'arrêtait un joueur de flûte qui sortait son instrument et en jouait. Aussitôt Tesclave se redressait et un sourire passait sur son visage. Peut-être reconnaissait-il des airs de son pays lointain ? En tous cas, immobile, il oubliait, au son de l'instrument divin, ses peines, ses angoisses et la tristesse de sa condition. Mais malheur à lui s'il s'absorbait trop longtemps, dans ce plaisir défendu ; il n'entendait pas le maître s'approcher à pas de loup et soudain, au beau milieu de son rêve, un coup d'étrivière, lui zébrant les reins, le rappelait à la cruelle réalité.
Les utopistes remplissent le rôle du joueur de flûte, l'Humanité tourne dans son cercle de misères, de maladies et de guerres. Survient un rêveur, aux paroles ailées, qui lui parle de bonheur.
de cités futures où tout serait pour le mieux, de désarmement, de paix universelle, de fraternité des peuples. Aussitôt, comme l'esclave antique, elle oublie, quelques instants, ses angoisses, le présent si lourd et si noir ; cette chanson est si agréable à entendre, elle lait prendre en patience bien des peines et des déconvenues, elle est même utile, à condition qu'on ne s'y abandonne pas trop longtemps, car malheur à la nation qui se laisserait prendre à ces beaux rêves, qui, dans un élan de générosité, en tenterait la réalisation ; bientôt les coups de canon dissiperaient ses illusions — trop tard peut-être.
Bentham fut une de ces âmes généreuses qui croient à la bonté, un de ces utopistes qui, du fond de leur cabinet, voulurent l'impossible, l'universel bonheur ; c'est pourquoi nous nous inclinons devant lui, tout en n'acceptant ses théories, que sous bénéfice d'inventaire.
PariSy le 19 novembre 1904.