‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 114 sur 331 · UNE BROCHURE DE MICHELET · texte numérisé non relu

UNE BROCHURE DE MICHELET

Michelet, par exemple, se trouvant en Suisse en 1867, assistait au gonflement d'orgueil des Prussiens; il les entendait dire et redire1 : « De Sadowa, nous devions aller à Paris ; nous le prendrons l'année prochaine... » Il coudoyait, en France, à de nombreux foyers, ces immigrés d'outre-Rhin dont il devait, peu de temps après, faire un sanglant portrait, et que toujours il avait soupçonnés de n'être que des espions 'l. « Les Prussiens ivres, racontait-il plus tard, venaient nous défier dans Strasbourg3. »

Mais quelque instructifs qu'eussent dû paraître ces symptômes, il avoua lui-même, à la fin de 1870, la robuste impénitence de son optimisme à l'endroit de l'Allemagne, et comment l'assaut des canonnades allemandes, dévastant Strasbourg et Paris, ébranla du même coup cette longue et tenace confiance. Sa brochure : la France devant l'Europe, publiée à Florence4, fut l'aveu d'une erreur et d'une révélation. Il s'y confesse de « ses sympathies aveugles pour l'Allemagne », de sa tendresse pour ce pays de Bade où l'on voyait « le jardin commun de l'Europe5 »; il y raconte, non sans quelque dépit, cette sorte de captivité où il s'était laissé enclore

1. Légendes démocratiques du Nord, p. 82. (Calmaim-Lévy, édit. de 1899).

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