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ÉTAT D'ESPRIT MAÇONNIQUE EN

s'était volontairement laissé diminuer ; et il y avait une personnalité allemande qu'on avait laissée grandir et s'exalter. Michelet saisissait, en décembre 1870, six mois trop tard, le phénomène dont l'opposition, jusqu'en juillet 1870, avait été, tout ensemble, parfaitement ignorante et inconsciemment complice.

L'état d'esprit maçonnique en 1870. — Rêve d'une contre-église universelle. — Une colonie prussienne maçonnique à Paris : la loge Concordia. — Ses visiteurs : Golfavru, M. Henri Brisson. — Caractère patriotique des cantiques maçonniques prussiens.

L'histoire s'étonnera que la maçonnerie, malgré les moyens d'informations internationales dont elle disposait, ait complaisamment contribué, durant les dernières années de l'Empire, à fourvoyer les bonnes volontés républicaines en les confirmant dans leur involontaire aveuglement.

Prévoir une guerre ou la préparer, c'était infliger un affront aux rêves d'internationalisme maçonnique. Or, le Vatican, sans le vouloir, excitait les imaginations des « frères » ; ils le voyaient faire un Concile ; pourquoi n'auraient-ils pas le leur ? Ricciardi à Naples1, Massol, Golfavru, Caubet en France, se sentirent, tout d'un coup, des tempéra-

1. L'appel de Ricciardi (15 mars 1869) aux libres penseurs de toutes nations, en vue d'un contre-concile napolitain, fut publié dans l'Action maçonnique, 15 mai-lcr juin 1869, p. 1S6, et dans le Monde maçonnique, 18G8-1869, pp. 741-743.

ments d'hommes d'Eglise : ils voulurent opposer à la manifestation du catholicisme universel et de la « vieille barbarie » celle de l'esprit moderne et de la libre pensée internationale ; et, lorsque ces somptueuses ambitions furent éconduites par le grand convent, à l'instigation du général Mellinet1, Caubet fit entendre que le grand-maître Mellinet, qui, d'ailleurs, était grand-croix d'un ordre papal, avait fraudé les votes, et il fut inconsolable.

La maçonnerie du xixc siècle, comme la chrétienté du moyen âge, rêvait la conquête de l'humanité tout entière et une sorte d'identification entre la famille maçonnique et la famille humaine: c'est ainsi qu'en mars 1870, à l'inauguration de la loge de Sainte-Marie-aux-Mines, le vénérable de Colmar portait une « santé humoristique à la suppression totale de la franc-maçonnerie, amenée, dans un avenir plus ou moins éloigné, par le triomphe définitif et universel des grandes idées de liberté, d'égalité et de fraternité » ; et Macé portait une santé, «non moins spirituelle, à l'évaporation des principes maçonniques qui doit précéder et amener peu à peu la suppression de notre

1. Voir le compte rendu de ce convent qui fut très agité, dans l'Action maçonnique (10 juillet 1869, pp. 255 et suiv.)et dans le Journal des Initiés, août-septembre 1869, pp. 231-234. La proposition de Massol, Colfavru et Caubet, de tenir en décembre, « en face du Concile et du Syllabus », un convent extraordinaire à Paris, obtint, dans l'assemblée, l'adhésion de quatre bureaux sur neuf, et fut renvoyée à l'étude des loges. L'Action maçonnique du 15 septembre 1869 (pp. 330-334) et du 15 novembre 1869 (pp. 395 et suiv.) déplora l'hostilité d'Hubert et la faiblesse de Colfavru et de Massol. — La loge de Strasbourg qui, peu d'années après, devait montrer à l'endroit de la patrie française une assez grande indépendance de cœur, avait envoyé, en faveur du projet de contre-concile, une chaleureuse adhésion à laquelle elle avait joint une déclaration de principe contre les guerres. (Enquête maçonnique sur la proposition d'un content extraordinaire au 8 décembre 1869, p. 43.)

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