LA LOGE ALLEMANDE CONCORDIA
institution1 ». L'acacia d'Hiram parodiait le sénevé de Jésus, il ombrageait toutes les nations et les unissait toutes.
Or, dans le Paris de 1870, il y avait un endroit, modeste, mais instructif, où volontiers les maçons parisiens s'empressaient, pour méditer sur ces grandioses espoirs : c'était la loge Concordia. Elle était purement allemande. C'est en octobre 1867 qu'elle s'était installée : trois membres du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient s'étaient dévoués au rôle d'officiants. Son vénérable, qui portait le nom de Meyer, s'attendrissait et les attendrissait en remarquant combien il était « beau qu'une loge allemande se fondât en France juste au moment où l'enchaînement fatal des événements tendait à jeter le désaccord 2 » . Jean Macé quêtait la Concordia pour sa Ligue de l'Enseignement, la Concordia payait son écot. Et cette loge devint pour le cosmopolitisme maçonnique, parfois inquiété par le bouillonnement des courants nationaux, une sorte d'oasis où l'on aimait à se confirmer dans la foi, à se réconforter dans l'espérance et à pratiquer la solidarité, synonyme maçonnique de l'archaïque charité. La presse maçonnique de l'époque annonçait volontiers aux «Frères » épars à travers la France les événements de famille qui réjouissaient cette loge, sorte de colonie prussienne couverte du drapeau de l'internationalisme : tantôt, c'était un échange de toasts entre Meyer et Massol, l'un buvant à la France, l'autre redisant