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LA MAÇONNERIE EUROPÉENNE APRÈS SEDAN

Attitude de l'humanitarisme international au lendemain de Sedan. — Déclaration du Comité de la Ligue de la Paix et de la Liberté (S septembre 1870). — Lettre de la maçonnerie italienne aux Frères de France : annonce de l'occupation imminente de Rome. — Appel des Amis philanthropes de Bruxelles: invitation à la France de démanteler elle-même ses forteresses, pour accélérer la paix, et môme de rejeter Nice, présent fait au César. — Manifeste de la Ligue de la Paix et de la Liberté (21 octobre 1870) : appel au renoncement de la France. — La consolation de la France : les Etats-Unis d'Europe.

Les petits groupes amis avec lesquels communiquaient, à travers l'Europe, les adeptes français de l'humanitarisme et de l'internationalisme, dissimulèrent malaisément leur joie. Rappelons-nous l'étrange saillie de Bossak-Hauké au Congrès de Bâle : puisque la guerre ménageait quelques chances pour le brusque avènement de la liberté, Bossak — une fois n'est pas coutume — n'avait point le courage d'être ennemi de la guerre. La doctrine était nette et passait pour sûre : les tyrans engendrent la guerre ; la guerre perpétue les tyrans, à moins qu'elle ne les supprime, et la guerre, en les supprimant, se supprime elle-même; donc, la journée de Sedan, pour ces logiciens illuminés, ressemblait à une aurore de paix. Le 5 septembre, en Suisse, le Comité central de la Ligue de la Paix et de la Liberté, condamnant à l'avance tous les prétextes au nom desquels on essaierait peutêtre de continuer à se battre, salua cette aurore,

blafarde encore de sang. Et, le même jour, en Italie, la franc-maçonnerie transalpine1, sous des signatures illustres parmi lesquelles on remarquait celles de Cairoli et de Frappoli2, écrivait aux Frères de France : « L'Empire, qui avait provoqué cette guerre d'extermination, est tombé. La République répudie cette guerre impie... Que l'Allemagne se montre grande et magnanime... Nous vous» saluons aujourd'hui de Florence. L'Italie vous tendra bientôt la main de Rome3. » Le salut adressé par la maçonnerie italienne à la France vaincue, et la souriante annonce par laquelle il se terminait, ne faisaient, en définitive, que souligner notre défaite ; car n'était-ce point la diplomatie française qui avait, en 1864, obtenu la signature de Victor-Emmanuel en faveur de l'intangibilité de la Rome papale ? Mais l'ultramontanisme maçonnique affectait de croire que la République inaugurait une France nouvelle ; et le garibaldien Frappoli ne croyait point faire acte d'impertinence en annonçant à ses frères de France, quinze jours à

1. Le Grand-Orient d'Italie avait, dès septembre 1867, adhéré au Congrès de la Paix de Genève, et s'y était fait représenter (Monde viaçonnique, 1867-1868, p. 337); le suprême Conseil italien, en 1868, avait chargé Santallier de le représenter au Congrès du Havre, et avait envoyé un délégué au Congrès de la Paix de Berne (Id., 1868-1860, pp. 494-496).

2. Ce Frappoli, ancien compagnon de Mazzini en 1848, chef de la révolte de l'Emilie en 1859, nommé général par Farini et Cavour, puis contraint à s'effacer pour avoir refusé de remplacer sur les drapeaux l'étoile d'Italie par la croix de Savoie, soldat ensuite dans la campagne des Deux-Siciles, député au Parlement, grand-maitre adjoint de la maçonnerie en 1865, grand-maitre en 1869, fut, en 1875, atteint de folie, et commit alors contre l'ordre maçonnique des attaques qui amenèrent le Grand-Orient d'Italie à révéler dans une circulaire l'état mental de l'infortuné (Monde maçonnique, août 1869, pp. 220-221, et Bulletin du Grand-Orient de Belgique, 1875, pp. 195-196).

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