MESSAGE DES ENFANTS DE GERGOVIE H
Mais son compatriote Bronislas Wolowski, ancien insurgé lui aussi, avait apparemment l'âme plus tendre; car il s'opposait à ce que la défunte Pologne pût recouvrer au prix d'un crime l'existence et le bonheur; or, la guerre était un crime ; et c'est pourquoi Bronislas donna la signature de protestation, que B ossak refusa. Ce bref Congrès, fort gêné, fort essoufflé, se termina sans éclat, parle vote d'un appel aux peuples de l'Europe :
Une horrible guerre, une guerre barbare, vient d'éclater entre deux peuples civilisés.
Nous ne pouvons l'empêcher; elle suivra son cours. Cependant, nous avons regardé comme notre devoir le plus sacré de proclamer de nouveau, à la frontière immédiate des deux nations belligérantes, que de viles guerres, qu; n'ont pas pour but l'affranchissement des peuples, mais la satisfaction d'ambitions dynastiques, ne pourront être évitées que quand les peuples posséderont le libre gouvernement d'eux-mêmes et décideront de leurpropre sort... Que les peuples jurent avec nous de travailler à conquérir les formes de gouvernement qui rendront à jamais impossible le renouvellement de ces luttes féroces et amèneront, conformément aux principes de notre ligue, l'avènement des Etats-Unis d'Europe1 !
Depuis 1867, on le voit, la Ligue de la Paix et de la Liberté n'avait rien appris ; et cette nou-
démocratie mondiale dont il était un des plus ardents champions, et il manquera surtout à sa noble patrie. » (Steenackers, .ffî'sfoî're du Gouvernement de la Défense nationale en province, III, p. 93.) — Voir, sur Bossak, une lettre de Barni dans Marais, Garibaldi et l'armée des Vosges, p. 121 (Germer-Baillière, 1872), et le discours antimilitariste prononcé en sa mémoire, en 1891, par le maire de Dijon (Etats-Unis d'Europe, 7 mars 1891).
1. Nous extrayons tout ce récit du numéro des Etats-Unis d'Europe d'août 1870.
veautô des « Etats-Unis d'Europe, » dont elle célébrait bans cesse l'avènement, avait l'aspect pitoyable d'un archaïsme qui n'a jamais vécu1.
La maçonnerie française, elle aussi, pratiquait à merveille l'art de se comporter à contretemps : nous en avons pour indice les travaux auxquels se livrèrent certaines loges, a Marmande, à Bordeaux, à Nancy, durant ce mois de juillet où les hostilités s'engageaient2. Les Enfants de Ger govie, de Clermont-Ferrand, suppliaient la maçonnerie française « d'étendre ses bras au-dessus des champs de bataille et d'inviter toutes les loges d'Allemagne à resserrer plus que jamais la chaîne d'union en leur envoyant un baiser fraternel3 ». Et les jours se succédaient, lamentablement décisifs ; et les champs de bataille au-dessus desquels la maçonnerie française était priée d'étendre ses bras se rapprochaient de Paris. A vue d'œil, sur les cartes, on les sentait se déplacer, et l'on pouvait à l'avance marquer l'étape qui, le lendemain, serait arrosée de sang... L'une de ces étapes s'appela Sedan : la France y fut meurtrie, l'Empire y fut tué.
« 1. Le Congrès de la paix a tort pour le moment, écrivait Flaubert à George Sand... Hobbes avait raison : Homo homini lupus (Flaubert, Correspondance, iv, p. 28. Paris, Charpentier, 1893).