GAMBETTA ET L 'ESPRIT MILITAIRE
ses créatures, ni l'active vigilance de Georges Périn et de M. Lissagaray, que Gambetta avait adjoints comme commissaires à cette arnuîe du Sud-Ouest, ne suffisaient à remplacer la vertu de ces traditions militaires que, sous l'Empire, l'opposition persiflait : Duportal lui-même se laissait aller à l'expression d'un aveu ! « C'est la tradition de la République d'armer les jeunes chefs; nous en ferons. » Ainsi s'exprimait Gambetta, le 9 octobre, dans sa proclamation aux citoyens des départements1. Homme d'action trop accompli, cependant, pour immoler l'intérêt national à l'observance de certaines doctrines, et les traditions militaires à la « tradition de la République », il ne tarda pas à répudier l'enfantillage dont il avait lui-même, en juillet 1870, donné la formule au Corps législatif : « Faire une guerre républicaine. » Une guerre républicaine, qu'était-ce à dire? Si ce terme avait un sens, il eût signifié je ne sais quelle unanime défiance contre les chefs militaires du second Empire, et la conviction naïve que des citoyens brusquement armés et à demi exercés emporteraient infailliblement la victoire, et l'indifférence ou le mépris à l'endroit de « l'instruction des troupes, de leur cohésion, de leur esprit militaire ». Or, Gambetta, dans le discours qu'en juin 1872 il prononça pour glorifier Hoche, vanta précisément, avec une sorte d'affectation,
écrivait : « Jamais levées en masse, toutes seules, n'ont produit d'armées organisées. Il faut l'appel direct, positif de la loi. » {Le Siège de Paris et la Défense nationale, pp. 36 et 70, Paris, Lacroix 1872.)
1. Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon Gambetta (4 septembre 1870-6 février 1871), publiés par M. Joseph Reinach, I, p. 45 (Paris, Charpentier, 1886),
l'estime que faisait Hoche de ces conditions indispensables de la victoire; il osa prononcer le mot d' « esprit militaire1»; et, pour partager cette estime, il n'avait pas, lui Gambetta, attendu 1872.
Caractère complexe de la Commune : colères patriotiques et chimères de la République universelle. — Le mot de République substitué au mot de patrie. — L'union européenne avec Nice pour capitale (Garibaldi). — Rossel « communard » par patriotisme : son histoire, ses déclarations, son attitude. — Flourens « communard » par amour de la République universelle : son antimilitarisme, ses illusions cosmopolites. — Epanouissement des préjugés antimilitaristes du vieux parti républicain : un «civil», Delescluze, successeur des « militaires » Cluseret et Rossel : l'insurrection des bras nus. — Renversement de la colonne Vendôme; symbolisme de cette destruction.
Avec Gambetta, la République naissante, confondant son propre salut avec celui de la patrie, songeait médiocrement à devenir universelle. Tout en amenant au pouvoir les hôtes des Congrès de Genève, de Berne, de Lausanne, ou les créatures de la maçonnerie internationale, elle se présentait comme un régime d'action patriotique et ne donnait point lieu de craindre que la défense