Gambetta, Ditcoura et plaidoyers politique*, II, p
La commune 141
nationale et la défense républicaine pussent jamais être dissociées. Cette autre forme de République qui, sous le nom de Commune, s'essaya brusquement à Paris, ne fut pas moins complexe en ses origines : le patriotisme y crut avoir sa part ; l'humanitarisme international eut la sienne, bientôt prépondérante. La proclamation du 28 mars 1871, par laquelle le Comité central de la fédération de la garde nationale remit ses pouvoirs à la Commune nouvellement élue, dessine en traits assez nets le double idéal dont la Commune leurra les imaginations parisiennes. D'une part, elle bravait les espions de Versailles en leur offrant « le spectacle grandiose d'un peuple reprenant sa souveraineté et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots : Mourir pour la patrie ! » Et, d'autre part, elle concluait : « Prêchez d'exemple en prouvant la valeur de la liberté, et vous arriverez au but prochain : la République universelle1. »
La nouvelle de la capitulation de Metz, dont Félix Pyat avait surpris la primeur pour son journal le Combat, et la colère causée par l'évacuation du Bourget, avaient, le 31 octobre 1870, entraîné certains bataillons de la garde nationale à donner comme une répétition du drame futur; l'exaspération patriotique, ce jour-là, avait singulièrement secondé la tentative de Flourens2. Et, lorsqu'en mars les forcenés qui tuaient le général Clément Thomas lui criaient à tue-tête : « Tu nous as trahis
1. Réimpression du Journal officiel de la commune de Paris, 30 mars, p. 101.— Mémoires du général Cluseret, I, pp. 34-35 (Paris, J. Lévy, 1887).
2. Sur le caractère tout « impulsif», si l'on peut ainsi dire, de ce mouvement du 31 octobre, consulter le propos que tenait à Trochu un set-
à Montretout1 ! » ils affichaient un rôle de vengeurs de la patrie, qui, chez plusieurs d'entre eux, était sans doute sincère.
Mais, dans le Journal officiel de la Commune, l'idée de République universelle surgit, et l'on explique la trahison des bourgeois et des gouvernants en alléguant qu'ayant à choisir entre « la ruine de leur patrie » et « le triomphe certain de la République en Europe », ils ont préféré la première hypothèse2. Delescluze3, dès la première séance, le 28 mars, fait proclamer que le Comité central de la fédération de la garde nationale a bien mérité de la République universelle; et, prenant, en mai, la direction des opérations militaires, il écrit à la garde nationale : « Votre triomphe sera le salut pour tous les peuples. Vive la République universelle4! » C'est à titre de soldats dévoués de la République universelle que Frankel, tout Hongrois qu'il fût, est validé dans son office de membre de la Commune5; que Garibaldi est réclamé, vainement d'ailleurs, comme général en chef6; que
gent d'insurgés : «Voyez-vous, mon général, voilà des b... qui nous ont fait prendre les armes au galop et qui nous ont menés ici sans savoir qu'y faire.» (Trochu, op. cit., I, p. 380.)