CARACTÈRE COMPLEXE DE LA COMMUNE
Et les autres de dire: « Ce fut comme une ruade lancée par le patriotisme parisien à l'égoïsrae des ruraux»; on se demande, alors, quel en fut le bénéfice et quelle en fut la portée. De fait, il y eut à Paris , deux mois duraut,une sorte d'exubérance d'énergies inoccupées; de véritables hallucinations, fruit de cette pléthore, qui poussèrent une populace à ramener l'histoire tout entière de la guerre à une série de trahisons; un besoin confus de revanches et de châtiments; des aspirations troubles où se mélangeaient, suivant les âmes et suivant les heures, le goût de l'héroïsme et le goût du crime, le courage que rien n'arrête et la sauvagerie que rien n'apaise; un mariage mal assorti entre le patriotisme féroce et l'humanitarisme béat; et je ne sais quel prurit morbide, enfin, de verser son propre sang par désespoir et d'y mêler le sang d'autrui par vengeance. Ce fut une grande déception pour les dévots des chapelles humanitaires de voir ainsi les fumées de l'humanitarisme se condenser en vapeurs de sang, et de constater que la Commune, pour avoir vainement tenté d'asseoir ses institutions militaires sur la haine du militarisme, avait entraîné d'innombrables vies humaines dans une boucherie plus stérile et plus inféconde que ne le fut jamais aucune des guerres d'antan.
deux seulement des élus, Benoît Malon et Tolain, étaient affiliés à la célèbre société; c'est le 23 mars seulement que le Conseil fédéral de l'Internationale s'associa, par un manifeste, au mouvement électoral qui précéda la nomination de la Commune, et, sur les 90 membres de la Commune élus le 26 mars, il n'y en avait que 17 qui fissent partie de l'Internationale. — Cf. Fribourg, l'Association internationale des Travail leurs, pp. 142-145, et 199-201.
Premières désillusions de la maçonnerie. — Rapports entre les Trinosophes de Bercy et la maçonnerie allemande ; premières coquetteries de Foussier ; leur lendemain. — Manifeste des Trinosophes et de dix loges parisiennes contre Guillaume et son fils le prince royal ; procès maçonnique qui leur est intenté (29 octobre 1870). — Nouvelle assignation lancée contre eux par la loge Henri IV (30 novembre 1870). — Une tentative de Sainte-Vehme maçonnique. — Protestations de la maçonnerie allemande contre un manifeste pacificateur de la loge suisse Alpina.
Une désillusion suprême s'entrevoyait : l'éclat même des principes maçonniques, naguère réputés tout-puissants pour unifier ici-bas, en une sorte de cité humaine, la multitude des patries, subissait une éclipse. Il semblait que, dans l'Allemagne victorieuse, ces principes eussent dû être comme le sel qui féconde la terre, puisque, sur le trône même, la maçonnerie allemande s'enorgueillissait d'avoir des fidèles. Mais on assistait à des apostasies douloureuses; et la superbe germanique traitait d'insolents ou de fous les maçons étrangers qui prenaient à son endroit la liberté d'une remontrance ou d'un signe de détresse. De surprise, la maçonnerie internationale dut reculer, et rarement ambitions confiantes en elles-mêmes subirent une plus lourde chute.
Le 26 avril 1867, la loge des Trinosophes de Bercy1, dont Foussier était alors vénérable, avait
1. Voir, sur toute cette histoire, Alfred Desrues, HUtoriquede laR.-.L.-. € let Trinosophes de Bercy», IVe partie (Paris, typogr. Blanpain, s. d.), pp. 7-10 et 29-39.