Lévy-Bruhl, op. cit., pp
l'avait conduite à conclure autrement qu'eux. Ils l'avaient rendue fière d'eux-mêmes et fière d'ellemême, fière de ce génie allemand qui semblait appelé à exercer le sacerdoce de l'humanité; et l'Allemagne, toute vibrante de la superbe où l'induisaient de pareils maîtres, emportait de leurs chaires, jusque dans ses casernes, désormais jugées trop inactives, et jusque sur ses frontières, dès lors estimées trop étroites, l'idée de la mission conquérante et de la vocation providentielle du germanisme : l'internationalisme théorique des penseurs avait travaillé, en fait, pour le nationalisme pratique des hommes d'Etat et des hommes de guerre; ils avaient été, inconsciemment ou consciemment, les avant-coureurs des armées allemandes l . La pédagogie de M .de Bismarck, succédant à ces théoriciens, proposait des exercices pratiques au germanisme adulte ; et les « citoyens du m onde », affirmant leur souveraineté sur un certain nombre de Français, allaient en faire des sujets de l'Empire allemand. M. de Bismarck, hautement, donnait à cette vicissitude nouvelle de l'histoire le caractère et la portée d'une vengeance : c'est parce qu'il se souvenait d'avoir vu, jadis, sousle premier Empire, son berceau, là-bas, au fond de la Poméranie, brisé par nos soldats et la montre de son père volée, qu'il justifiait, en présence de Jules Favre, les cruautés de la guerre2. La politesse qui s'im-
1. C'est ce qui semble avoir éebappé à Paul de Saint-Victor, lorsqu'il écrivait, le 22 août 1870 : « L'élite de l'Allemagne, tout ce qui chez elle est illustre, tout ce qui chez elle est sublime, a toujours été l'allié de la France. Nous avons aujourd'hui, contre nous, des hordes; dans le passé du moins, sa légion est sacrée pour nous.» (Barbares et bandits, p. 22.)
2. 11 faut lire tout ce récit, recueilli sur les lèvres mÊmes de Bismarck,