‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 191 sur 331 · GAMBETTA TRIBUN DES SOLDATS · texte numérisé non relu

GAMBETTA TRIBUN DES SOLDATS

F Armée écrit de Gambetta qu' " U s'était élu luimême le représentant de l'armée auprès des pouvoirs publics et qu'il agissait comme un tribun des soldats1.» Il avait mis en elle sa confiance, cette confiance qui, singulièrement plus efficace que les suspicions omnipotentes, crée, pour ceux dont elle est l'honneur, une sorte d'obligation morale de fidélité ; et c'est avec une sorte de coquetterie qu'il proclamait, en juin 1878, au banquet de Versailles, qu'au 24 Mai et au 16 Mai il n'avait pas cessé de compter sur l'armée 2.

Qu'il s'agît des lois organiques de notre établissement militaire ou des chefs qui en étaient l'espoir, Gambetta ne tolérait point les attentats ou les soupçons auxquels une politique d'utopies ou de rancunes se fût volontiers complu. C'est ainsi que, plusieurs hommes de gauche, parmi lesquels M. Henri Brisson, voulant, dès 1876, au risque de paralyser le réveil de nos forces, obtenir une réduction dans la durée du service, Gambetta s'y

Un colonel, la Nation et l'Armée, p. 33 (Paris, Colin, 1900). 2. Gambetta, Discours, VIII, p. 214.— Cf. dans le livre de M. de Mar- «ère, le Seize Mai et la fin du septennat, p 212 (Paris, Pion, 1900), quelques indications curieuses au sujet de l'espoir que fondait Gambetta sur l'armée pour résister, le cas échéant, au coup d'Etat du maréchal. — Cf. About, la France et l'Armée, article du 13 juillet 1877 (publié dans le recueil le XIX" siècle, pp. 146-151 ; Paris, Ollendorff, 1892): « Quand les bonapartistes, dans leurs journaux, invitent le maréchal à la guerre civile comme aune partie de chasse chez M. Darblay, ils oublient un point capital : c'est que la nation fût-elle devenue gibier, l'armée fnn'-iise ne sera jamais une meute... L'armée nouvelle, étant ce qu'elle est, représente avec une réserve et une discrétion forcées le sentiment populaire. Or, le peuple est, en grande majorité, républicain. Concluez ! La majorité des officiers pense et parle comme la majorité de la bourgeoisie. Or, la majorité des bourgeois est sincèrement dévouée à la Constitution républicaine. Concluez ! »

opposa1. Il prit plus tard, le 25 mars 1882, l'initiative d'un projet analogue2, mais exigea qu'avant de diminuer les années de caserne on assurât l'ossature de l'armée. « Sinon, déclarait-il, vous auriez des troupeaux, vous n'auriez pas des armées3. «Il multipliait ses interventions pour que la pension de retraite des officiers fût augmentée et pour que le corps des sous-officiers fût réorganisé4. Il avait un beau mot sur l'armée : « C'est une fonction sociale, disait-il à Angers, dès 1872, à laquelle chaque citoyen doit concourir5» ; et il voulait que cette fonction, exercée par tous, fût régie par les plus dignes.

Mais les plus dignes, qu'est-ce à dire? L'homme politique est mal situé pour les discerner : à côté des compétences professionnelles qui savent se mettre à la portée de son regard, il en est d'autres, plus éprouvées, mais plus modestes, que la fierté du caractère, redoutant jusqu'aux apparences de la flatterie, maintient dans un discret effacement. Précisément, en 1881, les sympathies de l'armée,

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