‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 242 sur 331 · Séance du 18 décembre · texte numérisé non relu

Séance du 18 décembre

l'affranchissement universel de l'humanité; et leurs profils historiques, s'alignant sur l'étroit horizon du Parlement, semblaient condamner d'un froncement de sourcils l'œuvre conquérante de nos troupes coloniales. « Nous nous disposons à fêter 89, et nous tyrannisons le? faibles ! s'écriait le contre-amiral Reveillère ; nous rétablissons l'esclavage des peuples et des races 1 ! » Contre la politique de Ferry, Maigne, un ancien constituant de la seconde République, alléguait les droits de l'homme ; M. Joseph Fabre s'armait des principes de 1789 et des principes de 1848; M. Camille Pelletan demandait ce qu'était « cette civilisation imposée à coups de canon, sinon une autre forme de la barbarie». Mais Ferry connaissait, pour les avoir lui-même autrefois courtisés, ces fantômes abstraits, revenants augustes des révolutions d'antan, que Taine, à peu près à cette époque, mesurait d'un coup d'œil et renversait d'un coup d'épaule; et Ferry passait outre, avec une négligence un peu hautaine : « C'est de la métaphysique politique », disait-il2.

Le problème, dès lors, était exactement défini. Il y avait, d'une part, la métaphysique politique familière au vieux parti républicain, et, d'autre part, l'honneur de nos armes et la dignité nationale. Ferry ne parlait plus le même langage que beaucoup de ses anciens amis : il les laissait vaquer à leur métaphysique, avec M. Clemenceau comme

1. Branda, Réflexions diverses, VIII, p. G8 (Paris, Fischbacher, 1888). — Cf. p. 65 : « La politique coloniale est la négation même des principes de 1789. »

2. Séance du 28 juillet 1885 (Ferry, Discours, V, pp. 209-211).

L AUTONOMIE TONKINOISE 273

docteur, et faisait, lui, de l'histoire. Que Lemonnier s'en allât, au nom de l'humanité, pressentir le marquis Tseng au sujet d'un arbitrage possible entre la République et le Céleste-Empire1, ou qu'un autre collaborateur des Etats-Unis d'Europe proposât on ne sait quelle autonomie tonkinoise, simultanément protégée par la France et par la Chine2, Ferry n'en avait cure. Lorsque la France, en 1885, au moment de la rédaction de l'Acte de Berlin, repoussa l'idée d'une neutralisation perpétuelle et obligatoire du bassin du Congo, il dut, comme ministre des Affaires étrangères, partager avec M. le baron de Courcel, notre ambassadeur à Berlin, le blâme des Etats-Unis d'Europe3: il s'en consola sans peine, et n'accepta point de lier à tout jamais les mains de la France en cette partie de l'Afrique.

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