‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 250 sur 331 · Séance du 29 juillet 1885 (Ferry, Discours, V, p · texte numérisé non relu

Séance du 29 juillet 1885 (Ferry, Discours, V, p

2. Jules Favre, Gouvernement de la Défente nationale du 30 juin au 31 octobre 1870, p. ?ï.*b

ner, le Français que nous connaissons tous, commencera d'apercevoir — et ce sera justice — la patriotique nouveauté du langage de Ferry. Ne dirait-on pas, en effet, que Jules Ferry répond à Jules Favre ? Jules Favre nous voulait modeler sur la Suisse ; Jules Ferry proclame qu'il nous faut autre chose ; et, par sa façon de comprendre et d'oser dire quelle doit être l'attitude et l'allure d'une nation comme la France, il se rapproche de l'âme française 1 à mesure qu'il s'éloigne du vieil esprit humanitaire.

Ce fut l'honneur de Ferry — et son crime aux yeux de plusieurs — de grouper une majorité de gauche contre les doctrines auxquelles ce vieil esprit s'attardait. Les stratagèmes dont il usa pour dompter ainsi son propre parti sont amusants à observer. Les leçons qu'il adressait à la gauche avaient toujours l'apparence de défis jetés à la droite : en manœuvrier parlementaire accompli, il trouvait le moyen de paraître viser les monarchistes lorsqu'il visait, en réalité, les radicaux. L'inimitié des anciens partis, qui semblaient défier la troisième République de pouvoir rendre à la France quelque prestige, était une bonne fortune pour Ferry : il leur reprochait de proposer à la France « une poli-

1. A vrai dire, une partie de cette âme lui échappe : des circonstances confessionnelles empêchaient Ferry de partager cette opinion de Gambetta, d'après laquelle le xvie siècle, en laissant au catholicisme français la victoire sur la Réforme, avait bien mérité de la France; et l'œuvre scolaire à laquelle demeure lié le nom de Ferry ne fut autre chose qu'une revanche de l'esprit de la Réforme éconduit trois cents ans auparavant (Voir Goyau, l'Ecole d'aujourd'hui, pp. 65-94). Mais est-ce un motif d'oublier l'énergie que montra Jules Ferry, par ailleurs, pour perpétuer et accentuer, dans le Gouvernement de la France, les droits de la tradition nationale ?

tique de pot-au-feu1 » et obtenait de la gauche, par un réquisitoire contre cette prétention des droites, des votes de confiance incompatibles avec la « doctrine républicaine», dont M. Clemenceau se faisait incessamment l'exégète.

Si le comte Albert de Mun, proclamant que la politique coloniale était pour la France « un legs du passé et une réserve pour l'avenir 2 », avait été suivi par les conservateurs, il eût été facile à MM. Clemenceau, Perin et de Lanessan de rallier à gauche, contre la politique coloniale, un contingent bientôt victorieux ; et l'on peut dire, strictement, qu'en présence du vieil esprit républicain, la droite, sans le savoir et sans le vouloir, sauva cette politique par là même qu'elle la combattit.

De même, c'est à la droite encore que Ferry semblait faire allusion lorsqu'il s'écriait en 1882 : « On dit que l'esprit républicain est incompatible avec l'esprit militaire : c'est une double calomnie. » Non certes, ce n'était point une calomnie, et l'esprit républicain, tout le premier, se targuait volontiers de cette incompatibilité ; mais Ferry, par un adroit artifice, le contraignait à résipiscence et lui proposait, en même temps, le suprême plaisir d'accuser les droites de calomnie. Alors, parmi les dévots de l'antique doctrine, un certain nombre étaient comme cernés par l'hésitation ; Ferry suscitait en leur cœur une sorte de respect humain ; la droite était là, qui regardait ; ne fallait-il pas donner tort à la droite, dût-on pour cela cribler d'égratignures le bloc soi-disant intangible dont

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