Cité dans Ferry, Discours, V, p
Jules Simon, jadis, en son livre de la Politique radicale, avait dessiné l'appareil ? Ferry savait, par sa longue habitude de nos assemblées, qu'un Parlement aime toujours à voter contre quelque chose ou contre quelqu'un, que ce genre de régime est, par son essence même, purement négatif, et que la façon la plus sûre de sauvegarder la cohésion d'une majorité sera toujours de dresser en face d'elle un obstacle, unépouvantail, un repoussoir. Les anciens partis, à leur insu, rendaient à Ferry ce service. Jouer du péril de droite, auquel il croyait peu, pour déjouer le péril de gauche, auquel il croyait, telle fut sa tactique.
On peut assurément la juger médiocre ; et il n'est pas surprenant qu'au spectacle de pareils manèges la France, incertaine et lassée, ait continué d'ignorer la pratique de la vie publique, qu'elle en ait désappris le respect, qu'elle en connaisse surtout le dégoût. Mais ce serait manquer d'équité que d'oublier les dangers que courait dès 1883 non point seulement la politique coloniale, mais la vitalité nationale elle-même, et que la savante prestesse de Ferry sut provisoirement conjurer.
Réapparition timide de certains articles de l'antique programme républicain. — La tendance antimilitariste : résipiscence de Jules Ferry ; courageux aveu de ses erreurs. — La tendance à une politique extérieure « républicaine », à un renoncement diplomatique : un livre de M. Fernand Maurice. — Sévérités de Ferry pour les rêves de « suppression de la diplomatie ». — Résultat moral de la politique de Ferry : silence provisoire du vieil esprit humanitaire.
Devenu maître de la France par la popularité de Gambetta et maître de lui-môme par la disparition de ce vigilant directeur, le parti républicain triomphait. Il fallait occuper son lendemain de triomphe. Les sceaux apposés par de timides policiers sur quelques chapelles de couvents étaient, en réalité, des trophées bien éphémères; le parti républicain s'ennuyait et risquait d'ennuyer la France. Alors surgissait, en beaucoup de cerveaux, l'idée d'appliquer en toute leur ampleur les programmes autrefois affichés par les adversaires de l'Empire libéral. Il y avait dans ces programmes des articles, lointains en leur portée, qui tendaient à la réforme de nos institutions militaires, à la transformation de nos maximes de politique extérieure; le moment était venu, peut-être, de se mettre à l'œuvre. Ferry, par sa politique coloniale, occupa le pays et occupa son propre parti; et ces articles d'antan continuèrent à demeurer lettre morte.