UNION PATRIOTIQUE DE LA MAÇONNERIE
trier », et qui rêvait, dans l'intimité de ses « frères», d'une fédération européenne1. Lorsqu'on a la patience de confronter froidement, méthodiquement, les bulletins officiels de la Ligue de V Enseignement ou du Cercle parisien de cette ligue, et les comptes rendus officiels des « travaux » maçonniques, on admire avec quelque trouble cette aisance de dédoublement, et l'on a besoin, pour se remettre, de relire un discours de Gambetta, comme après la lecture des Provinciales on a besoin d' « aller en Bourdaloue ».
La maçonnerie elle-même, quelque temps durant, essaya, comme Macé et ses amis, de faire officiellement toilette patriotique. Le Congrès des loges de l'Est, tenu à Nancy en 1882, résolut d'associer les maçons à l'œuvre de l'éducation civique et militaire2 ; des négociations s'engagèrent entre le Grand-Orient, les deux chapelles écossaises alors désunies, et les derniers fidèles de Misraïm3; et ces divers rites furent d'accord, en 1884, pour laisser s'organiser, sans chicaner sur les termes, une « Union patriotique de la maçonnerie française », destinée à multiplier les sociétés locales de gymnastique et de tir4. On remarquait
i. Chaîne d'union, août 1882, p. 258, et septembre 1882, p. 321.
2. Monde maçonnique, décembre 1882, p. 3G3 ; — Chaîne d'union, juillet 1883, p. 262. — La loge le Mont Sinaï reçut l'autorisation de faire des tenues blanches où seraient discutées les questions concernant l'éducation civique et militaire de la jeunesse française {Mémorandum du rite écossais ancien accepté, 1884, n° 81, p. 2), et elle fit donner une grande fête à l'Opéra-Populaire au profit de l'œuvre nouvelle (id., 188i, n° 82, p. 30). — Dès 1881, dans les loges, les conférences sur les questions de ce genre étaient fréquentes {Monde maçonnique, novembre 1881, p. 290).
3. Le travail de la loge Alsace-Lorraine contribua beaucoup à la rapide diffusion de ce mouvement {Monde maçonnique, août 1882, pp. 158-160).