LE BOULANGISME
n'avaient supporté qu'avec une réserve chagrine le « chauvinisme » de Gamhetta : ils crurent tenir la preuve, enfin, qu'en entretenant dans l'âme d'un peuple une certaine flamme patriotique et qu'en lui parlant, dans l'intimité de l'école primaire, de ces frontières et de ce relèvement que ne délaissait jamais Faîtière pensée de Gamhetta, on développait dans la conscience nationale un amour delà gloire militaire, des inquiétudes impatientés, des impétuosités, d'où quelque danger pouvait résulter pour la troisième République. Et l'on vit peu à peu les librairies dociles faire une moindre place, dans leurs catalogues, aux publications patriotiques ou militaires, et commander aux vulgarisateurs l'éloge des héros du devoir civique ou du devoir républicain; et, de même que jadis, tantôt par raison doctrinale et tantôt par représailles, on avait évincé de l'école l'idéal religieux, de même, insensiblement, l'idéal patriotique, capable de soubresauts inquiétants, coupable d'exigences à demi séditieuses, fut, sans esclandre, dépossédé de son hégémonie.
L'achèvement de la reconstitution de nos forces militaires. — Le ministère de M. de Freycinet : institution de l'état-major général de l'armée (mai 1890). — La nomination du général de MirLbel : son passé, ses services. — Signification de cette nomination et du décret qui consacre l'institution nouvelle. — Un opposant : M. Camille Pelletan. — Les premières délations contre l'armée : M. Ranc.
C'est parce que les gauches avancées avaient eu peur — une peur personnelle — de certaines conséquences de l'exaltation patriotique, que le sanctuaire de la Patrie, installé par Paul Bert dans chaque école laïque, fut lentement «désaffecté». Mais, au premier instant, la crainte fut pour elles le commencement de la sagesse: elles concédèrent à l'armée et au patriotisme français la satisfaction d'élite1 qui, huit ans plus tôt, avait été refusée au courage malheureux de Gambetta; et la construction de notre édifice militaire, laborieusement inaugurée par l'Assemblée nationale, put être achevée, à partir de 1890, par le général de Miribel, sous les auspices de M. de Freycinet.
Ministre civil de la guerre, M. de Freycinet savait ce qu'un Parlement tolère et ce qu'un Parlement défend; il connaissait les susceptibilités républicaines et les concessions apparentes ou
1. On lisait dans le Lyon républicain du 7 mai 1890: « La nomination u général de Miribel a été rendue possible par l'adhésion « du parti républicain tout entier, due à l'assagissement de la démocratie. »