LA PÉDAGOGIE ANTIPATRIOTIQUE
tion. Il dénonce ensuite les livres où l'on sent la «rage contre l'admirable Wellington », et se plaint, en terminant, que « les trois quarts des instituteurs français aient reçu et donnent encore, inconsciemment, une éducation à demi barbare1 ». A côté de l'instituteur qui parle au nom d' « une phalange d'esprits libres », voici survenir, dans les mêmes colonnes, un inspecteur général de l'enseignement primaire, qui recommande aux maîtres d'école les travaux de M. Gaston Moch sur le désarmement et les milices, et qui se plaint qu'on dépense 900 millions pour la défense des côtes, alors que l'argent manque pour les sanatoriaz. Du jour où notre personnel scolaire sera tout entier gagné par ces idées, c'en sera fait, à l'école primaire, de l'éducation patriotique; la place sera nette pour les « intellectuels » anar-
1. Le Volume, 20 octobre 1900. — Cf., même revue, 21 septembre 1901 (p. 393), les imprécations contre le premier Empire, proposées à ses collègues par un instituteur Gessien, comme exemple d'un enseignement d'histoire contemporaine, et (p. 398) cette conclusion : « Pénétrons-nous tous de la mission qui nous est dévolue, faisons-nous tous les apôtres de la paix entre les peuples, élargissons notre patriotisme, élevons-le, qu'il passe au-dessus de nos frontières. » — Cf. Enquête de l'Humanité, nouvelle sur le militarisme (p. 112, Paris, Schleicher, 1899), opinion de M. Léon de Rosny : « Il faut avant tout qu'on répète à nos enfants ce que valent les prétendus lauriers recueillis sur les champs de carnage, ce qu'étaient les affreux bandits qu'on a qualifiés du nom de grands rois et de conquérants. » — Cf. M. Hugo Lissauer, maçon allemand, faisant une communication à la Conférence maçonnique universelle de la Haye, en juillet 1896, sur l'enseignement « humanitaire et éthique » de l'histoire, et dénonçant, à côté de « l'esprit antisémite dans lequel il a appris l'histoire du Christ », les tendances chauvines d'une certaine histoire (Conférence de la Haye, 1896, p. 98).
2. Article de M. Martel dans le Volume (15 septembre 1900) dédié aux « citoyens instituteurs » : « Nous ne saurions trop abhorrer la guerre, et, dans notre enseignement, nous ne saurions trop la flétrir. » — La même revue (27 octobre 1900) reproduit un article de la Coopération des Idées, intitulé : « la Guerre et l'Ecole », dans lequel on lit : « Le jour où les peuples seront vraiment les maîtres de leur destin, l'épée ne quittera plus le fourreau. »
chistes qui, naguère, expliquaient, dans la revue l'Humanité nouvelle, qu'on a tort de raconter à l'enfant, dans une nation vaincue, « les injures du vainqueur1 », qu'il est fâcheux d' « engager les mioches à marcher au pas avec les petits soldats », dignes plutôt de recevoir « des pierres2», et que c'est la faute aux « braves nigauds formés par l'instruction populaire » si la France veut encore avoir une belle armée3. Le « Congrès des Amicales des Instituteurs », qui vient de se clore à Bordeaux, a souhaité que l'enseignement de l'histoire eût surtout pour but de « raconter les luttes du peuple pour obtenir des libertés et des droits4» ;jene puis me défendre de quelque inquiétude en me demandant comment la« phalange des esprits libres » interprétera ce vœu, et s'il est de l'intérêt de la patrie de laisser au second plan, à l'école primaire, l'histoire de l'unité nationale et des victoires remportées sur l'étranger5, et d'in-
1. Enquête de l'Humanité nouvelle, opinion de M. Chauvisé, p. 42. — Cf. id. (p. 61), plaintes de M. Gressent contre l'effet pervertissant de «l'instruction laïque, obligatoire et patriotique»; — Id. (p. 64), opinion deM. Guétant: « La religion du drapeau est la plus déprimante des idolâtries. » — Cf. Minot, Bévue maçonnique (août 1900, pp. 125 et suiv.) : « L'instruction a préparé dans les têtes un logis à cette monstruosité des faux patriotiques. »