‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 288 sur 331 · LES REVANCHES DU VIEIL ESPRIT · texte numérisé non relu

LES REVANCHES DU VIEIL ESPRIT

Les revanches du vieil esprit. — La campagne contre l'armée. — Les idées humanitaires et cosmopolites à l'école primaire : le Volume, de M. Jules Payot. — L'éducation patriotique qualifiée d' « éducation à demi barbare ». — La campagne maçonnique et socialiste contre l'alliance russe.

L'armée, vingt-cinq ans durant, avait reçu l'hommage d'un respect presque absolu, parfois même de certaines coquetteries; ettoutau plus, de temps à autre, quelques articles sur le haut commandement maritime, glissés dans la presse qu'inspirait M. Clemenceau, marquaient-ils la sourde persistance de l'antipathie contre l'uniforme; l'armée de terre demeurait intangible. Depuis quelque temps au contraire, au Parlement, des discours ont été entendus, des murmures ont été perçus, des silences ont été remarqués ; et ces discours, ces murmures et ces silences donnaient lieu de penser, parfois, que le rôle d'avocat de l'armée — ce rôle où Gambetta mettait toute son âme — fait peser sur les orateurs qui l'assument je ne sais quelle suspicion de tiédeur républicaine. Consultez cependant, sur cette prétendue antinomie entre l'armée et la démocratie républicaine, ces populations des marches vosgiennes et lorraines qu'un vétéran des gauches, Eugène Ténot, saluait il y a douze ans, sous la dénomination d' «Est compact1 », comme la bastille de

1. Revue politique et littéraire-, 16 février 1899, pp. 193-196.

332 l'évolution RÉPUBLICAINE (1895-1901)

la République; jadis conquises au régime républicain par le souci de la défense nationale et par l'ascendant de Gambetta, elles se refusent, et à juste titre, à dissocier République et patriotisme. Mais voici que l'école primaire, à son tour, semble être entrainée dans ce néfaste courant ; devenue depuis plusieurs années la servante de la politique radicale, elle paraît avoir oublié qu'il y a vingt ans les Paul Bert et les Gambetta la considéraient comme une glorieuse antichambre de la caserne. Le temps est loin où Paul Bert dénonçait comme un péril « un scepticisme trop facile à déguiser derrière un étalage vain de sentiments humanitaires » et donnait comme tâche aux instituteurs de rappeler aux enfants les gloires de leur pays1. Une nouvelle génération de maîtres d'école s'est levée : le Volume, revue pédagogique hebdomadaire que dirige M. Jules Payot2, leur sert d'organe. On publie dans le Volume, enla proclamant « admirable3 », une lettre d'un instituteur qui semble un nouvel appel au renversement de la colonne Vendôme : il se déclare « décidé plus que jamais, éducateur du peuple, à arracher le fauve couronné du piédestal où il a été trop élevé » ; il rêve d'un « monumentaux victimes de Napoléon... » Admettrait-il, le pauvre pédagogue si gracieusement vanté par M. Jules Payot, que les petits-fils des victimes d'Iéna lui apportassent leur souscription? J'aime a croire qu'il n'a pas prévu la ques-

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