INTRODUCTION XXIX
constituent la patrie. Périsse la vertu plutôt qu'un système ! C'est en raisonnant de la sorte, avec une superbe inconscience, qu'Adrien Sixte modèle le plus lamentable des « disciples ». Pareillement, on prend un peuple pour « disciple », on étend et l'on prolonge l'argument et l'on conclut : Périsse la patrie plutôt qu'une pensée ! L'individualisme intellectuel se complaît en cette dissolution; son absolutisme s'y épanouit à l'aise; et, faisant bon marché des groupements humains pour n'envisager que des millions d'individus juxtaposés, il aspire à régner, sans frein ni partage, sur la cohue des cerveaux éparpillés.
Ce sont là les raisons morales, — ou, pour mieux dire, immorales, — qui séduisent vers l'humanitarisme un certain nombre d'esprits distingués et jaloux surtout de se distinguer. Mais il arrive qu'au lieu de faire leur confession comme Renan faisait la sienne, ils s'efforcent parfois de donner le change à l'opinion en objectant aux défenseurs attardés de l'idée de patrie les courants internationaux, qui se sont dessinés au cours du xixe siècle dans les sphères de l'industrie et dans celles du travail. L'objection, — si c'en est une, — vaut la peine d'être regardée.
Il est vrai que l'industrie, cette puissance nouvelle dont Gœthe, en son Wilhelm Meister, prédisait l'ambitieux avènement, est devenue l'un des arbitres du monde, et que, par les attaches inter-