‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 30 sur 331 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

nationales qu'elle a créées, par les intérêts internationaux qu'elle a mis en jeu, elle tend à modifier l'atmosphère traditionnelle des âmes. Dès 1855, Emile Montégut, dans un article presque prophétique, notait « cette sorte de cosmopolitisme vague né de la préoccupation exclusive des intérêts matériels, et qui absorbait à peu près toutes les âmes1 ». L'initiative essoufflée du producteur, toujours ardente, toujours anxieuse, s'accommode assez mal des menus obstacles que multiplie parfois la politique des nations : crises parlementaires ou crises belliqueuses, qui modifient l'assiette des marchés et bouleversent la sécurité des acheteurs. Et c'est peut-être parce qu'au temps du second Empire nos classes aisées s'abandonnaient volontiers à la préoccupation exclusive des intérêts économiques que Vermorel signalait, en quelques mots frappants, le « détachement qui se faisait, parmi elles, de la vieille politique et des vieilles fictions de patrie, de nationalité, de grandeur territoriale, de gloire militaire2 ». D'un cruel soubresaut, la guerre releva les âmes, et l'industrie, d'ailleurs, dans une nation vaincue, subit avec trop d'àpreté le contre-coup du désastre pour oublier d'en garder le deuil.

Trois quarts de siècle ont passé depuis que Pierre Leroux rêvait, dans le Globe, d'une certaine unité européenne amenée par la liberté, la science et l'industrie; on eût pu croire que la vapeur et l'électricité, facilitant les échanges et

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