‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 291 sur 331 · HOSTILITÉ CONTRE L* ALLIANCE RUSSE · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ CONTRE L* ALLIANCE RUSSE

sister surtout, à l'avenir, sur les victoires ou prétendues victoires remportées par le « peuple » sur d'autres Français. Ce ne serait pas la première fois que le foyer de l'humanitarisme aurait couvé des étincelles de guerre civile ; et, quoi qu'il advienne, la « victoire » du 14 juillet 1789, telle que les impeccables travaux de M. Funck-Brentano nous l'ont fait connaître, demeure pour nos enfants une moindre leçon d'héroïsme que ne l'est le récit de Bouvines ou de Valmy, de Reischoffen ou de Patay.

Quant à la répercussion extérieure que peut avoir cette suite d'atteintes portées à notre haute armée, à notre esprit militaire traditionnel et au développement du sens patriotique dans l'âme des petits Français, l'humanitarisme républicainsemble en être assez insouciant. « Soyez forts ! soyez forts ! » nous disait, il y a vingt-cinq ans, le chancelier Gortschakoff ; et cette force nous avait valu une alliance. Or, en ces dernières années, deux puissances, à peu près souveraines du jury politique qui décerne ou qui retire les brevets de « républicanisme », n'ont point caché leur mécontentement contre cette alliance : la maçonnerie dans ses loges, le parti socialiste dans ses clubs ont, à cet égard, dévoilé leurs ultimes pensées. Au moment du voyage du tsar à Paris, un certain nombre de loges, pour donner un avertissement aux « ateliers » qui chômaient, affectèrent de « travail-

moins d'inconvénients que la disposition d'esprit décorée du nom de scientifique», et il conclut : «Nous ferons de notre patrie l'idée maîtresse et dominante de notre pédagogie, quelque chose comme l'amour du prince pour les écoles de l'ancien régime. »

336 l'évolution RÉPUBLICAINE (1895-1901)

1er1 »; et la Revue maçonnique se hâta d'inaugurer une série d'articles malveillants, dont ses lecteurs ne sont point encore lassés2. M. Millerand, de son côté, disait à celte r*ite, au nom de ses amis : « Le parti socialiste regarde, il écoute et il attend3 » ; le regard fut rapidement hostile, et l'expectative devint ombrageuse; on vit M. Vaillant dénoncer « l'œuvre de domesticité tsarienne et de réaction internationale » accomplie par M. Hanotaux4, et M. Paul Louis, dans la Revue socialiste, déclarer que « l'alliance franco-russe a été plus qu'une méprise, un crime contre l'intérêt national, un ravalement de notre moralité h » ; on entendit M. Jaurès se plaindre que les gouvernants eussent « sacrifié à l'autocratie russe tous les intérêts et la dignité même de la France6 » ; on vient d'assister à l'indignation unanime du socialisme militant contre le nouveau voyage du tsar7, et, dans

1. La Revue maçonnique (octobre 1896, p. 233) cite ces diverses loges.

2. La Revue maçonnique (juin 1896, pp. 124-125) voit surtout dans l'alliance russe « une heureuse rectification d'une erreur de l'esprit français, qui, après la guerre, ne voulait plus d'amitié avec aucun peuple quelconque... Mais ceux qui étaient alors pour l'ostracisme des nationaux russes sont les mêmes qui se sont abaissés plus tard dans le délire de l'adoration envers nos alliés probables... On voulait nous rapatrier avec l'appareil et les façons monarchiques. » — Même Revue (octobre 1896, pp. 217-220) (à propos du « long délire » auquel a donné lieu le voyage du tsar) : « L'Empire a fait école dans la manière de jouer de la foule. Depuis longtemps, les membres des partis monarchistes et modérés n'ont pas été à pareille fête. » — Même Revue (mai 1898, pp. 87 et suiv.) : « On a conduit la France à se rouler aux pieds du tsar. Quand on a ainsi fagoté l'âme d'un peuple, on l'a dépouillé, pour un temps du moins, de sa virilité. »

3. Cité dans Jaurès, Action socialiste, p. 444 (Paris, B*llais, 1899).

Page 1