Jaurès, Action socialiste, p. 429 (article d'août
7. Voir les citations rassemblées à ce sujet par M. Ernest Judet dans le Petit Journal du 8 septembre 1901 ; et surtout, dans la Petite République du 20 septembre 1901, ce manifeste du Comité général du parti socialiste,
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les chapelles « d'intellectuels », toute occasion paraît bonne pour lancer contre cette autocratie des plébiscites d'indignation1. Le quai d'Orsay a hérité d'une politique; les deux forces internationales qui pèsent sur notre gouvernement intérieur s'essaient à en faire une autre.
au bas duquel on lit, entre autres signatures, celles de MM. Allemane et Aristide Briand : « Citoyens, de quelque nuance dont ils se parent, en régime capitaliste, tous les Gouvernements se ressemblent. Tous restent toujours et forcément, au pouvoir, les défenseurs des intérêts et des aspirations de la classe qu'ils y représentent. Après le Gouvernement de Méline, c'est le Ministère de défense républicaine qui, à son tour, au lendemain même des répressions atroces qui ont décimé le prolétariat manuel et intellectuel de Russie, a invité le tsar à venir passer en revue des hommes que l'on entraine pour les massacres futurs. Cyniquement oublieux des promesses de la Haye, le tsar a accepté avec empressement de figurer dans cette apothéose de la guerre. Au moment où cette honte est un fait accompli, le Comité général a le devoir de faire entendre sa protestation contre ce qu'il considère comme un défi aux idées de progrès et d'humanité qui rassembleront un jour les peuples dans une fraternelle union. Il affirme hautement ses sentiments de solidarité à l'égard de toutes les victimes de la tyrannie tsariste et invite les militants à venir protester avec lui contre toutes les manifestations humiliantes dont la venue du despote russe est l'occasion. »
1. Témoin, par exemple, cet ordre du jour voté à Rennes à la fin d'avril 1901 : « Nous, habitants de Rennes, ouvriers, professeurs, étudiants, nous souvenant des luttes de nos ancêtres pour renverser le trône des rois, envoyons l'expression de notre ardente sympathie à tous ceux, étudiants, ouvriers, professeurs, qui luttent actuellement en Russie pour la liberté et la justice. Vive la Russie libre! A bas le tsarisme ! » (Ouest-Eclair, 1" mai 1901.)
Premier facteur de l'évolution républicaine : la maçonnerie. — Ses longs efforts pour avoir prise sur l'armée. — Ses vœux antimilitaristes ; Gambetta renié. — Rapports avec la maçonnerie italienne : le culte commun de Garibaldi cimente l'amitié ; M. Lemmi la refroidit en réclamant Nice pour l'Italie; la maçonnerie française pardonne, et propose un plan de campagne contre le jésuitisme, l'état-major et l'ambassade du Vatican. — Lent travail de rapprochement entre la maçonnerie française et la maçonnerie allemande : le Congrès de Bône (1900). — Le Grand Architecte rentre en grâce pour faciliter le rapprochement avec la maçonnerie anglaise. — Le sj'mboiisme maçonnique, gage d'internationalisme. — Organisation actuelle, en Suisse, d'un bureau maçonnique international.
Observons-les, ces deux forces, en leur récent épanouissement : c'est par elles que s'explique, en grande partie, l'évolution républicaine des dernières années, et c'est avec leur concours, tantôt discret, tantôt notoire, que le vieil esprit, redevenu conscient de lui-même, a pu se montrer sans voiles.
Il est permis de se demander si l'atroce acharnement de la maçonnerie française contre l'armée de la France ne cache point quelque dépit. La maçonnerie avait, à plusieurs reprises, fait affirmer par les ministres de la Guerre que la circulaire du maréchal Soult prohibant aux militaires l'accès de certaines associations ne s'étendait point
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aux loges * ; elle avait permis à certains officiers généraux de se faire initier sans subir ces « épreuves physiques » dont le commun des maçons accepte la piquante importunité ; elle avait abaissé de moitié, pour les membres de l'armée comme pour les maîtres d'école, les droits d'entrée2; elle avait généralement renoncé à questionner les néophytes militaires sur les limites de l'obéissance passive et sur la compatibilité entre les liens maçonniques et la discipline de leur profession3. Ces précautions, ces avances et ces réticences avaient servi de peu : l'armée demeurait un bloc où les influences maçonniques se faisaient difficilement brèche.
Les loges sentirent l'affront, et les vœux antimilitaristes commencèrent d'obséder les couvents ; l'interdiction des cercles catholiques
1. Monde maçonnique, novembre 1882, pp. 289-291 ; — Chaîne d'union, novembre 1882, pp. 391-392 et 426-427; — Mémorandum du rite écossais ancien accepté, 1888, n° 100, p. 12; — Bulletin maçonnique, mai 1894, p. 107. — Cf. Dasté, l'Armée et la Franc-Maçonnerie, pp. 6-11 (Paris, Pierret, 1899). Au terme d'un article sur la loge militaire Alsace-Lorraine, fondée à Villefranche, en 1870, par des Alsaciens de la première légion lyonnaise, le Monde maçonnique (mars 1883, pp. 523-526) ajoutait : «L'idée des loges militaires pourrait peut-être être reprise avec fruit dans les armées de la République. »