‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 3 sur 331 · H INTRODUCTION · texte numérisé non relu

H INTRODUCTION

qu'avait-elle besoin, dès lors, de plagier l'ancienne, celle des rois et des tyrans, et d'évoquer perpétuellement, avec une routinière amertume, les tristesses et les malheurs dont s'était clôturée l'histoire de ses régimes déchus? Ils lui représentaient qu'à travers le monde on aimait son génie, et qu'il était bien malséant à ses militaires de répondre aux déclarations d'amour en préparant des gestes de défensive. Ils lui rappelaient qu'elle avait été la première à briser les entraves féodales; elle devait être la première aussi à donner l'exemple d'abaisser les barrières nationales. Et ses armées, sans doute, avaient été vaincues, et ses muettes pensées s'attardaient à ce souvenir; mais ils lui prouvaient que les armes étaient des engins brutaux de prépondérance, condamnés par la civilisation future, et qu'ainsi ses défaites mêmes et l'abdication d'un espoir réparateur mettraient la France en tête de cette civilisation. Ils appelaient à leur secours, pour la mieux convaincre, le témoignage de ses Expositions universelles ; c'est d'elle qu'il dépendait, et d'elle seule, que Paris devint Yemporium intellectuel de la planète. Il suffisait qu'elle laissât de côté l'archaïsme de l'idée nationale, et dès lors elle deviendrait à jamais le microcosme de l'humanité, et tous y collaboreraient, Prussiens, Anglais, Italiens ; que la France écoutât leur voix, qu'elle acceptât leurs verdicts comme une loi, et ils se chargeaient de sa grandeur... Et la France écoutait, sans s'apercevoir que ces discours propageaient insensiblement deux germes pernicieux.

Le premier, c'était cette idée que l'existence

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