CONGRÈS DE FRANCFORT (1850) M
d'un trait si décisif les limites de la patrie anglaise qu'il ne viendra jamais à l'idée d'un Anglais de contester la légitimité de la notion de patrie. Mais on surprit, en revanche, sur certaines lèvres françaises, sur celles de Goquerel, entre autres, et d'Emile de Girardin, un accent plus révolutionnaire : Coquerel développa une thèse contre les armées permanentes 1 ; Girardin, se présentant comme un soldat de la paix, afficha son intention formelle de travailler sans relâche à détruire «le recrutement, qui arrachait le jeune Français de sa commune pour en faire un instrument de révolution2 ». De toute évidence, Goquerel et Girardin ne prêtaient attention qu'à la servitude militaire; la grandeur militaire leur échappait; on en eutencore la preuve, l'année suivante, au Congrès de Francfort-sur-le- Mein3, où l'on vit, du reste, le spectacle touchant d'Emile de Girardin venant faire sa coulpe en public, et s'accusant, avec repentance, d'avoir autrefois, d'une balle brutale, réduit à néant la noble intelligence d'Armand Carrel. On pouvait prévoir, à Francfort comme à Paris, qu'à mesure que le mouvement pacifique se déroberait aux influences anglaises, il sortirait de sa phase philanthropique pour entrer dans une phase politique, et qu'il s'acheminerait ensuite, d'une allure rapide, vers une phase subversive, au cours de laquelle le simple respect de l'armée et l'idée même de patrie risqueraient de péricliter. Le second Empire,