‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 45 sur 331 · LES IDÉES NAPOLÉONIENNES · texte numérisé non relu

LES IDÉES NAPOLÉONIENNES

des mêmes mots et des mêmes formules, mots conventionnels, formules magiques, dont les minorités amusent leur impatience, et qui conservent pour elles, dès qu'elles sont devenues partis de gouvernement, l'attrait naturel des souvenirs de jeunesse. Or, au temps de la Restauration, les hommes de l'opposition démocratique, que le petit chapeau de l'Empereur planât encore ou non sur leurs rêves, professaient, par une commune entente, la haine contre la Sainte- Alliance et contre cette maison d'Autriche qui en était la cime ; ils avaient, tous ensemble, le culte de la liberté des peuples, et, tous ensemble, la même conception de la France, garante et gardienne de cette liberté. Et sans doute, entre les fils de ces républicains et les fils de ces bonapartistes, le 2 décembre creusa un fossé ; mais, des deux côtés de ce fossé, l'on continuait de se complaire aux mêmes rêves. Les ouvriers parisiens acclamant l'empereur au moment de son départ pour la guerre d'Italie étaient les échos de ces rêves : ce qu'ils acclamaient, c'était peut-être, en quelque mesure, l'éclat du panache, de ce panache impérial qu'ils avaient eux-mêmes, de leurs propres mains, attaché au képi de l'ancien président de la République; mais c'était surtout la personnalité du souverain, incarnant par sa politique extérieure les vieilles idées libérales, démocratiques, nous dirions même républicaines : l'idée de l'émancipation des peuples1, de la fraternité

1. Voir, au tome VI de l'Empire libéral de M. Emile Ollivier (Paris, Garnier, 1901), l'état d'esprit des sphères politiques, enl863, au moment de la révolte de la Pologne, et le conflit latent où l'Empereur se débattait entre la

entre ces peuples émancipés, de la pacification universelle succédant à cette fraternité '.

Deux brochures de l'époque, républicaines d'origine, méritent à cet égard d'être relues : Tune intitulée : Du principe de nationalité : l'Italie, est signée de Charles Fauvety, un notable du saint-simonisme et de la maçonnerie ; l'autre est d'Anatole de La Forge, à qui la troisième République devait faire un nom et composer une gloire. Toutes deux réclament l'intervention française en Italie, c'est-à-dire la guerre-. Et la brochure de Fauvety a pour épigraphe ces mots de Dante : Che cerchi ? la pace3. Et la brochure d'Anatole de La Forge est intitulée : la Guerre, c'est la Paix 4. Une guerre encore, celle d'Italie, et la paix régnerait fatalement ; l'affranchissement du peuple italien serait la transition immédiate vers l'harmonie générale de l'unité humaine ; ce n'est plus en un sens terre à terre, mais en un sens métaphysique, qu'on disait une fois encore, et pour la dernière fois : Si vis pacem para bellumb ; et l'on

nécessité politique d'avoir égard au tzar et les vieilles aspirations démocratiques, soutenues par l'opinion républicaine, qui visaient à faire de la France la vengeresse de la Pologne asservie.

1. Remarquer que l'empereur devait dire plus tard, dans son discours du li février 1867 : « Les transformations qui ont eu lieu en Italie et en Allemagne préparent la réalisation de ce vaste programme de l'union des Etats de l'Europe dans une seule confédération. » (Moniteur du 15 février 1867.)

2. Si bien que le procureur général Pinard pouvait écrire à Napoléon III: « Pour trouver des partisans d'une guerre en Italie, il faut aller les chercher dans les centres où l'on complote la chute de l'Empire. • (Rothan, Hevue des Deux Mondes, 15 février 1899, p. 785.)

3. Fauvety, Du principe de nationalité : F Italie (Paris, Dentu, 1859).

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