Moniteur, 16 juillet
.2. Heine, De l'Allemagne, I, p. 43 (Paris, Lévy).
en les admettant, a priori, sœurs de la France et devancières du cosmopolitisme européen, exigeaient l'existence, en France, d'une solide force armée. Ici le parti républicain reculait; et, au nom de cette même idée de la fraternité des peuples, il voulait diminuer, le plus piomptement possible, l'importance et le prestige de l'institution militaire. D'une part, il prétendait mettre la France, comme soldat, au service des divers mouvements démocratiques ; et, ce soldat, d'autre part, il commençait par le vouloir désarmer.
Un publiciste du parti, Marc Dufraisse, faisait exception par la netteté de ses vues et la crânerie de ses conclusions1. Volontiers il eût pris pour maxime l'alternative qu'exprimait sous la seconde République Emile de Girardin : « Ou paix et liberté, ou guerre et despotisme2 »; il n'aimait pas à voir les armées du second Empire se faire, audelà des Alpes, les messagères de la nationalité italienne; les « corne-guerre», comme il les appelait, qui poussaient Napoléon III vers le rôle d'émancipateur des autres peuples, faisaient l'effet à Dufraisse d'être les complices de l'oppression de la France3. Son aversion systématique contre
t. Son Histoire du Droit de guerre et de paix de 1789 à 1815 (Paris, Le Chevalier, 1868) qui lui valut des attaques nombreuses, est à relire aujourd'hui. Dufraisse écrivait en une langue spirituelle, sautillante, mordante; il profitait des loisirs que lui faisait la proscription pour émousser ses traits, les tremper dans le fiel, et puis les laisser sécher : ce livre, qui n'est point sans valeur historique, est un monument d'ironie corrosive et refroidie.
2. Emile de Girardin, Les 52; la Politique de la paix, p. 270-272 (Paris, Michel Lévy, 1819).
3. Cf. Mme Edgar Quinet, Mémoires d'exil, nouvelle série, p. 234 (Paris, Le Chevalier, 1870) : « Vive l'Italie et l'esclavage de la France ! tel est le cri de guerre. Quelle situation pour les proscrits! Qui d'entre eux ne