MASSOLERIE ET MAÇONNERIE ITALIENNE
pire; elle était positiviste et républicaine, et en relations actives avec la maçonnerie italienne. Or la maçonnerie italienne commençait à soutenir avec fracas des thèses nettement internationalistes. Lorsque, en 1861, le Grand-Orient d'Italie avait entrepris de se réformer, Fauvety, publiant en français le programme « extérieur » de ses frères transalpins, le résumait ainsi: « Faciliter, par le moyen des loges et des associations maçonniques répandues dans le monde, les rapports internationaux, abaisser les barrières qui séparent les peuples, détruire les préjugés de caste, de nation et de race qui divisent les hommes, et préparer la véritable fraternité au moyen d'une grande confédération des peuples civilisés1. » La constituante maçonnique tenue à Florence en mai 1864 saluait officiellement, dans ce mouvement, le signe « précurseur de la renaissance et de la fédération de toutes les races, et un gage d'amitié féconde et de fraternité vis-à-vis de tous les hommes2 ». Les statuts de cette maçonnerie régénérée portaient cet en-tête : « Maçonnerie universelle, famille italienne » ; et l'on lisait dans le Monde maçonnique 3, très accessible aux inspirations transalpines, nous allions dire ul-
1. Documents maçonniques recueillis et annotés par François Favre (Pari?, Teissier, 1866), pp. 347-353.
2. /-ollettinodel Grande Oriente délia Massoneria in Italia,àécembie 1864janvier 1865, p. 69. — Les journaux Lumière et Concorde, deNaples (Voir Monde maçonnique, 1865, p. 491), et VUmanitario, de Palerme, faisaient resplendir ce signe précurseur ; et Frappoli, dans le même Bollettino, écrivait: « La maçonnerie a un but bien large, la fraternisation et la solidarité des peuples par masse et de tous les hommes en particulier. » (Monde maçonnique, 1867-1868, p. 426.)
3. Caubet, le futur directeur de la police municipale sous la troisième République, était à cette époque le leader du Monde maçonnique.
tramontaines : « Félicitons surtout nos frères de cette formule heureuse... Sortie des entrailles de la franc- maçonnerie, cette pensée d'universalité, si souvent méconnue par les pouvoirs maçonniques qui semblent vouloir s'isoler, a été heureusement dégagée et rendue pour ainsi dire vivante par la maçonnerie italienne '. »
Or, dans les loges françaises où l'on voulait travailler, on ne lisait pas le pauvre et terne Bulletin officiel que publiait le Grand-Orient; on étudiait le Monde maçonnique, de Favre et Caubet, la Chaîne d'union, d'Hubert, la Ruche maçonnique, et, plus tard, l'Action maçonnique, de Redon, le Journal des Initiés : toutes publications qui, à. des degrés divers, se complaisaient en des rêves d'unification universelle. Ainsi se formait l'esprit des loges. A Amiens, on mettait à l'étude cette question : « Comment réagir contre l'idée de guerre 2 ? » A Dole 3, à Saint-Jean-d'Angély 4, on voulait transformer la terre, définitivement nivelée, en un « val d'amour », en un « vaste atelier »; une loge de Paris réclamait « que le Champ-de-Mars fût converti aux fêtes de l'équerre et du compas 5 » ; Rebold,dans son Histoire des trois grandes loges, énonçait avec complaisance le projet d'une con-
1. Monde maçonnique, juillet 1865, pp. 178-179. — Cf. Fauvety, Catéchisme à l'usage des aspirants à l'initiation, p. 9 (1862, libr. de la Vie morale) : « Il suffirait, pour avoir la fraternité universelle, d'étendre progressivement, par l'initiation, la communion maçonnique à l'ensemble de l'humanité. »