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L ACTION DE LA MAÇONNERIE

de patrie dans la philosophie et dans l'éloquence maçonniques.

Il y avait eu des maçons, et en assez grand nombre, dans les armées du premier Empire; une carte maçonnique de la France impériale, dressée en 1809 par un certain Fustier, et dédiée « à Charles XIII, roi de Suède, protecteur de la franc-maçonnerie, père d'une nation magnanime », nous révèle qu'il n'y avait pas moins de soixantehuit loges dans les camps de l'Empereur. Il est permis de penser qu'entre le sabre et la truelle, ces héroïques coureurs de victoires préféraient le premier outil. La Restauration survint; la maçonnerie, en d'emphatiques circulaires, applaudit à la paix restaurée ; mais, si l'on remarque que Macdonald et Beurnonville, « grands conservateurs de l'Ordre», Kellermann et Augereau, dignitaires de la .< Grande Loge d'administration », le duc de Dantzig, Masséna, Moncey, Dessoles, dignitaires de la « Grande Loge symbolique », Sérurier, Mortier, Soult, Gantheaume, Oudinot, Maison, dignitaires du « Grand Chapitre », présidaient à ces batteries d'allégresse, on n'imputera pas à ces vétérans de la gloire la moindre pensée d'hostilité contre le militarisme : les attendrissements auxquels ils se livraient en loge n'amortissaient pas, sur leurs lèvres, la vibration des antiques souvenirs, des récits belliqueux, des anecdotes triomphantes. Le prince Murât, grand maître au début du second Empire, fit un vif plaisir à un vénérable maçon dont l'initiation remontait à 1795, Boubée, en convoquant à Paris, en un congrès maçonnique universel, pour le mois de juin 1855,

les délégués des 53 Grands-Orients de l'univers, qui groupaient sous leur obédience 4.623 loges : ce Congrès ne fut rien plus qu'une inoffensive démonstration d'amour1. Les circulaires et les allocutions de Murât, de Magnan, de Mellinet, et l'invitation lancée par ce dernier, le 1er mars 1867, pour un banquet maçonnique coïncidant avec l'Exposition universelle, se maintenaient dans cette note philanthropique de bon aloi2. Lorsque Murât datait de Compiègne et du 6 novembre 1861 un message aux Grands Conservateurs de l'Ordre, et lorsqu'il y disait : « Un maçon n'est pas seulement membre de sa loge ni même de la maçonnerie française tout entière, il appartient à la grande famille et a pour frères tous les maçons de l'univers », il n'attachait, assurément, aucune importance politique à ces propos.

Mais, entre 1863 et 1870, on vit se développer, au sein de cette congrégation laïque, un groupe d'opposition, tout à la fois philosophique et politique, que d'aucuns, par un assez mauvais jeu de mots, appelaient la Massolerie3 : ce groupe avait Massol4 pour guide, et M. Henri Brisson en est aujourd'hui l'un des plus éminents survivants. La Massolerie avait deux ennemis : Dieu et l'Em-

1. Compte Rendu du Congrès maçonnique universel réuni à l'Orient de Paris en juin 1855, par décret de Son Altesse le prince Lucien Murât (Orient de Paris, 1856).

j. « Nos relations avec les puissances maçonniques étrangères deviennent chaque jour plus nombreuses, plus étroites; et,par suite, la fraternité universelle fait chaque jour un pas en avant. » (Allocution du général Mellinet à la session de 1866.)

3. Journal des Initiés aux principes et à l'œuvre de la franc-maçonntrie universelle, septembre 1865, p. 11b.

4. Sur Massol, voir Adrien Despre?:, gfatsol (Paris, chez l'auteur, 1805).

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