Monde maçonnique, 1868-1869, p
5. En août 1865, Abd-el-Kader, un soir, devait être reçu compagnon dans la loge Henri JV, de Boulogne-sur-Seine; il avait promis de venir
« tous les peuples vivraient dans la paix et la fraternité l . »
On recouvrait ces augures, parfois, d'une profusion d'images, somptueuses, mais opaques, qui déconcertaient les curiosités trop impatientes. La maçonnerie écossaise ordonnait, en une circulaire, de « faire comme les anges de Milton » et de « puiser dans des vases, au foyer de tous les peuples, des lumières nouvelles2»; et la brise marine qui venait de la Martinique conviait les Frères de France, au nom des Frères de là-bas, à « jeter dans le creuset de la sagesse toutes les idées en lutte, afin qu'un jour les banquets des fêtes solsticiales devinssent un banquet universel3 ». — « La franc-maçonnerie est une, écrivait le Journal des Initiés, parce qu'elle est fondée sur l'unité divine. Elle ne forme qu'une seule grande loge, dite de Janus ou de Saint-Jean vulgairement, c'est-à-dire loge universelle, qui s'étend de l'Orient à l'Occident, afin de symboliser l'univers même animé par Dieu seul. Notre loge particulière n'est qu'une dépendance de la grande loge symbolique de l'univers4. » Mesurez l'effet de cette phraséologie sur un cerveau de petite ville : on était Dolois, ou bien Mussipontain, et,
s'il n'avait aucune invitation à sa convenance; en définitive, il ne vint ni ne s'excusa. Les Frères en furent attristés. Mais Favre, directeur du Monde maçonnique, saisit cette occasion pour leur remontrer que la Maçonnerie n'avait rien à apprendre d'Abd-el-Kader et qu'il n'aimait pas de pareilles exhibitions. (Monde viaçonnique, 1865, pp. 302-305 et 364-308.)
1. Documents pour servir à l'histoire de la franc-maçonnerie française au XIX' siècle, pp. 68-69 (Paris, Lebon, 1866).