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LE CONGRÈS DE METZ

cordiaux entre les loges de l'Est de la France et celles d'Allemagne : Macé, Wolff, Zopff y travaillaient avec toute leur âme. Quelques « frères » de Bade et tous ceux de France voyaient toujours avec chagrin que les Israélites ne fussent admis dans les loges de Prusse qu'avec le titre inférieur de « visiteurs1 ». Macé, dans l'été de 1869, élabora, de concert avec les maçons du grand-duché et de Hanovre, un message de protestation2 qu'il fit voter à Metz par le Congrès des Loges de l'Est, et qui fut expédié à tous les ateliers de l'Allemagne. Il déclarait, au début de ce message, que « la maçonnerie de tous les pays ne fait qu'une grande famille, au sein de laquelle on ne connaît qu'une patrie, l'humanité, et dont tous les membres doivent se sentir solidaires d'un bout de la terre à l'autre ». Et il terminait en conjurant les Frères de Prusse de renoncer à un exclusivisme qui pouvait passer pour antisémite et de « se prendre corps à corps avec ce dernier reste des prescriptions du moyen âge ». Hambourg, Francfort-sur-le- Mein , Dantzig , Bayreuth , Dresde , Hanovre faisaient preuve d'une haute tolérance à l'égard des juifs : la maçonnerie française suppliait la

1. Sur la question des Juifs dans la maçonnerie prussienne, voir Clavel, Almanach de la franc-maçonnerie, 5845, pp. 57-60 ; 5846, p. 126 ; 5847, p. 113 ;

— Findel, Histoire de la franc-maçonnerie depuis son origine jusqu'à nos jours, trad. Tandel, II, pp. 295-297 et 313-338 (Paris, Lacroix, 1866.)

— Il y a quelques années, M. Settegast a fondé, en Prusse, une grande loge schismatique par opposition aux deux grandes loges prussiennes qui continuent de refuser légalement les non-chrétiens, et à la troisième qui, au scrutin, les refuse en fait. (Discours du F.-. Lissauer à la Conférence maçonnique universelle de la Haye, 25-28 juillet 1896, p. 47.)

Voir la brochure de M. Settegast : Die deutsçhe Freimaurerei, ihr Wesen, ihre Zinle und Zukunft. Berlin, 1892.

2. Congrès des loges de l'Est à Metz (29 juillet-l" août 1869). Metz, Mayer, 1870, pp. 13-15.

Prusse de suivre cet exemple. Cette année-là même, le Grand Gonvent, réuni à Paris, proclamait à l'unanimité que l'exclusion des Israélites des loges prussiennes était un outrage pour la maçonnerie et pour l'humanité l ; et, dans la chaude tendresse qu'on éprouvait dans toutes les loges de France à l'endroit des Israélites d'Allemagne2, il y avait je ne sais quelles réminiscences de ces effusions historiques qui faisaient s'entrouvrir à la cantonade les bras des membres de la Constituante pour recevoir les délégués éplorés de toutes les races de l'univers.

Infatigable messager de l'internationalisme maçonnique à travers l'Europe, et se complaisant volontiers, tantôt au rôle de trait d'union entre des démocraties que les monarques et leurs ministres avaient seuls intérêt à rendre rivales, tantôt à la mission de négociateur entre les Israélites de Prusse et les maçons de Prusse, Jean Sfacé, dans les loges où l'on se piquait de lumière, était réputé comme le maçon par excellence; elles se disputaient ses visites; le souvenir en était conservé comme un trophée; et l'on s'enorgueillissait comme d'un honneur de famille de la notoriété qu'il acquérait par son Histoire d'une Bouchée de Pain et par sa collaboration au Magasin d Education et de Récréation, fondé récemment par Hetzel. Les profanes appréciaient en lui l'homme de

1. Monde maçonnique, juillet 1869, pp. 152-156 et 159-163. — La loge Alpina adhéra à cette déclaration, mais regretta que le Grand-Orient allât jusqu'à inviter les loges étrangères à y adhérer sous peine de rupture. (Monde maçonnique, juillet 1870, pp. 169-172.)

2. Voir, en particulier, le discours de M. Oppert à la fête solsticiale du Grand-Orient, du 27 décembre 1869. {Monde maçonnique, mars 1870, pp. 681 et suiv.)

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