Annales, p
3. C'c«8t aux environs de 1850 que la formule : «États-Unis d'Europe» apparaît dans l'histoire. On la trouve sur les lèvres d'Hugo, dans le discours par lequel, en 1 849, il ouvrit le Congrès de la Paix tenu à Paris [Hugo, Actes et Paroles : Avant l'exil, II (1849-1851), pp. 154-155]; et dans un autre discours qu'il prononça à la tribune parlementaire le 17 juillet 1851 [Id., op. cit., II (1849-1851), p. 116]; — et la même formule se rencontre, à ht même époque, dans l'Histoire de l'insurrection de Milan en 1848, publiée par l'Italien Charles Cattaneo, et dans un mémoire de l'avocat lillois Louis Bara intitulé : La science de la paix, couronné en 1849 par l'Académie royale de Belgique, et publié seulement vingt-trois ans après par les soins de Ch. Potvin (Bruxelles, Merzbaeh, 1872). — Voir États- Unis d'Europe, 16 janvier 1873.
irréelle, une fédération; pratiquement, il eût fallu tout de suite une révolution dans les divers pays; l'émeute était la préface indispensable de la « paix » rêvée1. L'idée, au contraire, idée provisoirement platonique qui pouvait devenir dangereuse, allait, en France surtout, se frayer un chemin : elle flattait ce ferment d'amertume que recelaient, au fond de leur cœur, les victimes de Décembre; et, tout en même temps, elle caressait la générosité naturelle du tempérament français. Entonner un hymne à la Paix, c'était, pour les uns, haïr l'Empire, et, pour les autres, aimer l'humanité; mais les uns et les autres acceptaient d'un cœur léger, — qu'ils se l'avouassent ou non, — que les décisions du Congrès de Genève, dans l'esprit où elles avaient été prises, offusquassent l'idée même de patrie. On prétendait subordonner à la volonté commune des « démocraties » européennes l'obéissance du citoyen aux volontés éventuellement belliqueuses de chaque pouvoir constitué, c'est-à-dire de chaque pouvoir national, et l'on avait d'avance affirmé la possibilité, même le devoir, de se soustraire, en vertu d'un droit démocratique supérieur, à l'observation civique de ces volontés légales.
C'était là le point délicat, la seule sanction pratique, à vrai dire, que comportât immédiatement
4. Charles Lemonnier essaya de créer une «opinion publique» en faveur du Congrès, dans sa brochure : la Vérité sur le Congrès de Genève (Berne et Genève, Vérésoff et Garrigues, 1867). — « Le Congrès a fait plus de mal que de bien», écrivait Santallier à l'un de ses correspondants. Il disait, dans une autre lettre, que ce « meeting révolutionnaire» était «une trahison», et il déplorait la « fausse étiquette mise sciemment sur un acte d agression qualifié Congrès de la Paix ».