‹ L'idee de relation [microform]Chapitre 129 sur 139 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

distinct, de même que tout ce qui est est déterminé, également pour cette seule raison qu'il est et qu'il a fallu que, pour être, il fût conditionné par des lois, il devint un possible empirique, il ne fût pas contradictoire aux conditions empiriques effectivement posées. Mais tantôt la loi comprime le fait, tantôt le fait déborde la loi : dans le premier cas, nous concluons à la nécessité, plus immédiatement apparente, dans le second à la liberté, plus directement visible. Et cette vue incomplète n'est pas fausse, car dans son simplisme même elle reste éminemment utilitaire ; or, l'utilité commande et mesure la vérité, l'utilité est la vérité pratique, concrète, comme la vérité est l'utilité théorique, abstraite. Ce qui nous importe des forces naturelles, c'est qu'elles nous soient données, c'est qu'elles soient nôtres ; objectivement, nous ne retenons des choses que ce qui nous intéresse en elles, et ce qui nous intéresse, c'est leur détermination qui nous permet de les prévoir et jusqu'à un certain point de les produire ; leur liberté nous est une gêne, un obstacle, donc nous l'ignorons systématiquement et sommes naturellement conduits à la nier. Au contraire, ce qui de nous nous intéresse, c'est nousmême et non pas les autres, c'est notre personnalité, notre caractère représentatif, la conscience, non notre caractère représenté, l'organisme donné à cette conscience et qui résume simplement les actions étrangères qu'elle réfléchit. Dès lôrs, subjectivement, nous éliminerons de notre propre représentation tout ce qui tendrait à aliéner cette liberté qui nous constitue comme un être autonome, nous sommes vraiment notre maître, et, par notre action qui émane de nous, le maître aussi de funivers dans la mesure où il est pratiquelûent subordonné à cette action. La liberté est le point de vue de l'homme sur lui-même, comme la nécessité est le point de vue de l'homme sur les choses. Donc, dès l'instant que je me conçois comme chose, en me rattachant par le moyen du corps au milieu dans lequel je suis donné, je ne me pose plus comme libre, mais comme déterminé ; et dès que je conçois les choses sur le type de ma personne intime, en les imaginant dotées d'une conscience ou d'un analogue de conscience, je cesse de les regarder comme déterminées

et je les réalise comme libres. Il n'y a là que des artifices représentatifs et non des réalités absolues, liberté et nécessité répondent simplement à des exigences de la pensée différentes selon les cas, celle-ci au besoin intellectuel, celle-là au besoin moral. Elles ont Tune et l'autre leur fonction, ici théorique et là pratique, et, par des voies opposées peutêtre, elles poursuivent une même fin, elles règlent l'ordre de nos pensées et l'ordre de nos affections, en détachant, dans un intérêt légitime. Tune, la loi du fait qui la réalise, l'autre, le fait de la loi qui le détermine. Elles sont, en réalité, données l'une dans l'autre et l'une par l'autre.

Notre croyance à la liberté est donc positivement justifiée, mais elle ne Test que dans la mesure où elle est susceptible de se transformer en une connaissance, où la liberté devient un fait et un phénomène. C'est une suggestion expérimentale et non plus un rêve, un postulat empirique et non plus un postulat métaphysique. Il n'y a donc à la rigueur ni démonstration en forme de la liberté, ni acte de foi purement subjectif en elle. La liberté ne se prouve pas théoriquement comme on prouve que deux et deux font quatre, car cela même n'est pas objet de preuve, mais de simple observation ; la liberté se constate, elle est bien, comme le veut M. Bergson, une donnée immédiate de la conscience, elle est la conscience même en tant que donnée immédiate ; ce qu'on appelle comnmnément conscience de la liberté est un pléonasme : la conscience, c'est la liberté, et c'est avec raison que Descartes, en posant le Cogito, le posait comme libre, en lui opposant un univers soumis à une absolue nécessité. La pensée est libre parce qu'elle est la pensée, le monde est nécessaire parce qu'il est le monde; il n'y a là au fond qu'une tautologie; ce qui se pose se pose et se pose comme il se pose, ce qui est posé est posé et est posé comme il est posé, — ou, plus simplement encore : le sujet est le sujet, l'objet est l'objet. C'est dans la représentation que je suis libre, puisqu'en elle je me saisis comme principe; c'est dans la représentation que le monde est déterminé, puisqu'en elle il se manifeste comme lié au sujet dont il dépend. Et, d'autre part, la liberté ne procède pas d'un Credo

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