CHAPITRE NEUVIEME
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qu'elle porte sur des faits concrets, serre encore de près le réel, aussi l'eflet reste-t-il hétérogène à la cause et s'en distingue-t-il objectivement ; pourtant, dans la synthèse causale, le même et l'autre, qualitativement distincts, sont quantitativement identifiés : le tout de la cause explique et égale le tout de l'eflet. Mais si nous posons la finalité ou telle autre catégorie analogue qu'il plaira d'imaginer pour expliquer les phénomènes génétiques, la création et l'évolution — création indéfiniment continuée — des êtres vivants, l'écart est infiniment plus grand entre le même et l'autre. Le même ne produit pas l'autre directement, unilinéairement, comme la cause produit IViret; le même, représenté en l'espèce par le type organique, est une sorte d'idéal enveloppant l'autre, exprimé par les individus qui réalisent ce type, comme le concept enveloppe virtuellement dans son unité idéale la multiplicité des images qu'il résume et qu'il anticipe, il se déploie dans toutes les réalités partielles qu'il pénètre et qu'il suscite. L'autre obéit à la loi du même en la diflerenciant à l'infini. La nécessité n'est plus dans le fait comme tel, mais dans le rapport que ce fait soutient avec une loi purement représentative, avec un principe d'harmonie plutôt que de détermination. Inutile d'ajouter que si nous passions au domaine encore si mal connu, obscur et troublant, des relations sociales et collectives, il y aurait dans la catégorie invoquée — sur la nature de laquelle on est loin de s'accorder — encore plus d'indétermination, et dans son application aux faits sociologiques encore plus d'hésitation et comme de flottement.
On voit dès lors qu'il n'y a pas incompatibilité, mais tout au contraire accord nécessaire entre les catégories positives et la liberté. En effet, ces deux termes offrent un tout autre sens dans la conception relative et dans les conceptions absolues : ni la catégorie n'a la rigidité que lui confère l'esprit dogmatique, ni la liberté n'offre le caractère no uménal que lui reconnaissent les métaphysiciens, avoués ou honteux. La catégorie n'est plus une forme donnée avant les choses, — soit objectivement, comme le pensait Aristote en voyant en elle une condition métaphysique, un genre
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LIDEB DE RELATION
éternel exprimant la vérité de l'individu et comme l'essence de l'essence — soit subjectivement, ainsi que l'imaginait Kant, en la regardant comme une des pièces essentielles de la législation que la pensée impose à la réalité, comme une condition psychologique posée par la conscience en général. Et, d'autre part, la liberté n'est pas davantage cette sorte d'aflranchissement à l'égard de la nature, cette perturbation violente de l'ordre universel précisément établi par le système des catégories. La liberté rentre dans Tordre et la catégorie en sort, elles s'acheminent l'une vers Tautre. Toutes deux sont des propriétés et des caractéristiques du phénomène, des aspects de la relation, des données empiriques, en un mot des faits. La catégorie devient la marque de ce qu'il y a de constant dans notre expérience, elle dégage et précise certaines tendances générales communes aux divers ordres de phénomènes, elle fixe un certain nombre de grandes lignes esquissées en quelque sorte dans la réalité donnée, elle établit un plan de perspective aussi conforme que possible à Fétat actuel de l'univers. La liberté devient principe de différences réelles, d oppositions concrètes, de spécificités «t d'irréductibilités phénoménales ; elle dénonce et accuse une indétermination croissante des formes de l'être empirique. Si le fait se résout en une série indéfinie de relations telles que la distance, sans cesse réduite et pourtant sans cesse reculée, qui le sépare de la loi, puisse être figurée par
exemple par la proposition i -f 7^ + «/^ -f. y^ | __ ^
s'il n est que la limite idéale et théorique qui" pratiquement ne sera jamais atteinte, le fait est libre. Ainsi, plus l'individualité du phénomène se précise, [ilus il est, non unum e multis, mais proprement soi, plus il gagne en liberté. Il n'y a rien là qui caractérise essentiellement l'homme, rien qui ne se retrouve, atténué sans doute et comme effacé, mais réel, dans toute représentation concrète ; le principe des indiscernables, l'impossibilité d'identifier deux gouttes d'eau ou deux grains de sable, prouve la liberté du grain de sable ou de la goutte d'eau, car la liberté revient précisément à pénétrer l'identité de différences ; tout ce qui est est donc libre, de cela seul qu'il est et qu'étant il s'affirme comme être