CHAPITRE QUATRIÈME
tend I -h I -h i 4- i» comme le cercle est la limite du polygone inscrit, comme le type est la limite de l'organisme vivant. En l'espèce, fécart est moins grand entre le fait et la loi ; il demeure pourtant. La limite est tellement proche du mouvement qu'elle se confond pratiquement avec lui, mais théoriquement la différence subsiste. Si 4 égale i -h i -|- i -f- 1, 4 n'est pas i-hi-|-i-|-i; 4 ^^l 4 ^^ ^^^ P^s un autre, c'est-à-dire un individu particulier et spécifié. La synthèse que je fais ou plutôt que je vois se faire est à la fois réelle et inintelligible, c'est un tâtonnement qui réussit, une combinaison heureuse. Elle traduit bien par là le mouvement même de la réalité que je reproduis et retrouve, cet enrichissement progressif et indéfini du réel, ce complexus de phénomènes dont la mathématique retient les plus simples. Il n'y a pas de différence de nature, ni même au fond de méthode, entre les sciences : elles reviennent toutes à créer un enchaînement logique entre des faits donnés, à systématiser des phénomènes. La mathématique ne fait pas exception à la règle : ses prétendues déductions ne sont que des observations bien réglées ; ce n'est pas une puissance interne que je développe, c'est une expérience plus simple que j'organise. En créant une opposition factice entre la quantité et la qualité, entre Va posteriori et Va priori, entre le mathématique et le physique, Kant méconnaît, au moment même où il en entreprend la justification, l'esprit de la science moderne. Il pose par là un nouveau problème, aussi peu fondé que la plupart de ceux qu'il agite dans les Critiques : Comment rejoindre la mathématique et l'expérience? Comment prouver fobjectivité des synthèses a priori? La conception positive d'un Comte résout la difficulté en la supprimant. Une fois de plus, il est prouvé qu'on n'a pas à rejoindre ce qui n'aurait pas dû être séparé.
Le caractère des synthèses physiques, dans la Critique de la raison pure et dans la Métaphysique de la nature^
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diffère sensiblement de celui des synthèses mathématiques. Il apparaît plus obscur et plus ambigu. On comprend mal en effet qu'elles puissent se constituer absolument a priori, sans aucun appel à la réalité, puisque la matière qu'elles déterminent est le multiple confus de la sensation, non le multiple distinct de l'intuition pure. Il faudra donc trouver un biais qui leur permette d'atteindre Fexpérience sans pourtant lui emprunter rien. C'est pour lever cette difficulté, peut-être cette contradiction, que Kant a longuement développé tout d'abord les théories profondes et malaisément intelligibles de la déduction trahscendantale et du schématisme. Pareil effort trahit un embarras visible pour suppléer à rintuition absente et suffirait à nous faire préjuger, avant tout examen du fait, le caractère artificiel de propositions qui, pour être établies, exigent ce lent travail de construction, critique en apparence et en intention, dogmatique et métaphysique en réalité.
Supposons pourtant acquis les résultats de cette déduction et considérons en elles-mêmes les synthèses pures de la physique. Une première distinction s'impose. La physique kantienne est faite de deux pièces : d'une part, un système de lois empiriques qu'une étude directe des faits pourra seule nous révéler; de l'autre, un petit nombre de principes purs posés a priori par la raison. La première connaissance n'est qu'une histoire naturelle, une théorie historique de la nature, elle n'est science qu' « improprement » ; la seconde seule, « traitant de son objet entièrement d'après des principes a priori » et non « d'après les' lois de l'expérience » mérite « proprement » le nom de science'(i).
D'ailleurs, ces deux physiques, bien que provenant de sources originairement distinctes, ne sont pas sans rapport. La première n'est possible et ne se développe que sous les conditions que lui impose la seconde. Cette distinction nous prouve bien l'impuissance foncière de la raison kantienne à accomplir son office d'intelligibilité. On doit lui refuser
(i) Princ. métaph. de la nat., trad. Andler, p. 4.