XIV AVANT-PR0I
Nous voudrions suivre ici une méthode différente. Nous voudrions mettre à profil les résultats de la critique kantienne, et abandonner la
lutte sur le terrain dogmatique, intenable aussi bien pour la philosophie spiritualiste que pour toute autre. Forçant Tesprit à revenir sur luimême, nous essayerions la critique de ces notions morales qui sont aujourd'hui en péril : nous nous efforcerions d'en retrouver Torigine, d'en déterminer les éléments, et d'en éprouver ainsi la valeur. Il ne s'agirait plus de réfuter le déterminisme, puisque, si l'on admet notre principe, le déterminisme ne serait que Vombre portée de l'esprit sur tout objet de pensée ; il s'agirait seulement de raffermir par une analyse impartiale les notions les plus précieuses de notre conscience, aujourd'hui chancelante.
On ne veut donc pas ici, sous couleur d'étudier la notion de responsabilité, reprendre l'ancienne et éternelle question du libre arbitre. On ne cherche pas si la responsabilité a une réalité objective, en dehors de l'idée que nous en avons, ni si elle est compatible avec les lois nécessaires de la nature physique. Nous trouvons dans notre con-
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science cette idée de la responsabilité ; elle parait indispensable, et cependant elle est attaquée de tous côtés : nous voulons la soumettre à un examen rigoureux.
Sans doute il n'est pas à Téloge d'un siècle, que les notions les plus essentielles à la moralité aient besoin d'y subir une pareille épreuve. Cependant tout mal porte avec lui-même son remède, si le patient a la vigueur nécessaire pour supporter et le remède, et le mal. On n'en saurait vouloir, en définitive, à l'esprit humain, si sa curiosité toujours inquiète vient porter une main hardie sur ce qu'il révérait autrefois comme sacré. La lumière de l'analyse peut paraître cruelle, elle n'est jamais malfaisante. En essayant aujourd'hui de pénétrer dans le fond le plus intime de notre conscience, elle ne peut enlever de son prix à rien de véritablement saint; La craindre, c'est manquer ou de sincérité ou de foi. Ceux qui possèdent la foi ne sauraient être troublés dans leur paix par une étude toute scientifique : que ceux qui n'ont pas la foi aient au moins la sincérité.
LIDÉE
DE