I. Les anciens aimaient à se représenter les êtres
nifestat. Mundus enim iste dicitur unus unitate ordinis seundum quod quœdam ad alia ordinantur. Qu^cumquVautem ut a Dec, ordiaem habent ad invicem et ad ipsurn Deum ne necesse estquod omnia ad unum mundum pertineanT:; ' t M- ** '^ a. .1, c.
divers de la création sous l'image d'une mystérieuse échelle, touchant par l'une de ses extrémités à l'oliscur atome, à la matière brute, et par l'autre s étendant jusqu'au ciel. Ensuite, ils reliaient la matière brute a la plante par la subsistance, la plante à l'animal par la vie, l'animal à l'homme par la sensation et l'homme à l'ange par la pensée. Et l'homme leur apparaissait comme le résumé de l'univers, comme un temple auguste oii toutes les créatures s'assemblent pour reconnaître et louer leur auteur.
Ils avaient été plus loin encore dans leur belle pliilosophie de la nature. Avec Aristote et avant Leibnilz, ils avaient observé que la nature va pas à pas et sans faire de sauts : Nntura nonfacit saltus; qu'elle s'élève par des degrés presque insensibles de la matière inorganique à la matière organique, et de celle-ci à l'animal; que l'individu supérieur de l'espèce inférieure atteint en perfection l'individu inférieur de l'espèce supérieure : Supremum mfimi attingit infimum suprenii; que sur les confins du monde organique flottent des êtres si rudimentaires et si incertains, qu'on les distingue avec peine des êtres inanimés, et que certains animaux donnent si peu de signes de sensibilité, que vous douteriez s'ils dépassent le cercle des plantes : Sic ab inanimh ad animantes transire naturam paulatini, ut in continiiatione eorum, co?ifinia înediaqiœ lateant ittrius sint (l).
(l) De Animal. Histor., 1. Vm, c i, § 2 et 3, édit. Didot.
Dans l'univers. ^^q
Saint Thomas compléta ces indications par celte b 11 rema.-que. « L'animal parfait se distingue de Ï l'ianle par deux caractères : la sensation et le mou
:,::r rt'r^ ': ^'^^^^ '^^ *^<'"- ^^^^^
pa.fait a la plante sans intermédiaire; au milieu elle
Fodu.t esan.maux imparfaits qui. avec les animaux
ouïssent de la sensation et sont attachés au sol avec
les plantes (1). » ^^^<^
On ne saurait refuser son admiration à des vues si
:::r ù'ie " ''''''- -^^'-p^-nce. da:::;
époque ou les moyens dohservation étaient encore - '-nparfaMs, et que plusieurs modernes se rente -lent comme entièrement cantonnée dans lesT sonnements a priori.
Toutes ces diverses données, la science les a con- «'■ "ees par ses ohservalions. et elle les a et ndues -ce au regard plus perçant du microscoplEneà onve de nouvelles et intéressantes relatfons en re 1 ..■très mnombrahles compris dans les trois genre ' n-mes des anciens, et elle a rapproché ces deg é ; datants par des classitlcations plus complète es ams. que de la variété elle s est élevéeVre :
a famille a 1 ordre, de l'ordre à la classe, de la classe ^1 embranchement, et de l'embranchement a règne ^|;pu.s les confins du néant, depuis la matière pre |»>'e.e qu.,par elle-même, est sans énergie et sans
(') Comm. in cap. 8, De Div. Nomin., lect. 30.
->20 LE BEAI
forme, jusquVi l'acte pur qui est Dieu, la perfection monte, monte toujours, franchissant les intervalles avec (les précautions infinies, se donnant tout le long de sa route, mais se donnant avec la plus exacle mesure et arrivant enfin au sommet sans avoir laissé entre les degrés inno^nhrables qu'elle a trave^sr^ aucune trace sensible de discontinuité.
Chez les minéraux, elle accuse un progrés continu dans la composition élémenlaire et dans les fornn •^ géométriques; chez les végétaux, dans les tissus cl les produits; chez les animaux, dans l'organisme et les fonctions; chez les esprits, dans la pensée et l'amour.
II. Ces genres suprêmes, déjà reliés entre eux par des degrés moins distants et la marche sagemrnt progressive de la perfection, une unité plus intime les pénétre, les enserre tous, nous voulons dire la conimunautê dos lois, enorgueillie sans doute de ses belles découvertes sur les unités du monde, la science moderne ne résiste [)as assez à la tentation, bien naturelle d'ailleurs, de l'exagération. Nous ne parlons point de ceux qui, dans un but pour le moins étranger à la science, se flattent de ramener tous les êtres, avec toutes leurs forces, à de simi)les mouvement^ ou modifications de la matière : il suffit de les renvoyer à l'expérience qu'ils se vantent de suivre à Texclusion de tout autre guide: jusqu'ici elle leur a infligé démentis sur démentis, défaites sur défaites.
C'est encore étendre au delà de ses justes bmites le champ si vaste de. l'unit^-, que de ramener à de
DANS l'lmvers. 221
sinqdes mouvements et à des mouvements de même espèce tous les phénomènes, toutes les propriétés (1.^ la nature physique. Manifestement, Texpérience ne n>nd aucun témoignage en faveur d'une telle pré- U'Mlion; car si elle découvre du mouvement dans chacun des phénomènes allégués, elle ne dit point q>i il ny ait que cela, et encore moins que tous ces l'i'-nomènes soient du même ordre; au contraire I) autre part, la raison, loin de l'autoriser, fournit un argument propre à la combattre. Au nom de la variété M-n elle aussi est une loi, elle s'oppose à ce qu'on ne voie que des différences accidentelles entre les êtres SI nombreux de la nature inanimée; d'autant plus <|ne les opérations de plusieurs de ces êtres Iraliissent des propriétés irréductibles, des qualités 5^// fintcns.
l'osons ce principe général : le premier objet de la loi, c'esl de régler l'opération ; donc, où lopération sera diverse, la loi le sera pareillenienl ; donc lintelliKonce aura ses lois, la sensibilité aura ses lois- la vie et les propriétés pbysi.jues auront leurs lois, par- '•"'I. en un mol, où Ion se trouvera en présence 'lune constitution propre, d'une activité propre, il iiidra s'attendre à des lois spéciales.
M.iintenanl que nous voilà prémunis contre le sys- ''•me de Innilé à outrance , recberclions avec soin 'l.il'ord les lois communes h chacun des trois grands "•?.'nes ou genres suprêmes, ensuite les lois plus gé- '"■rales qui enserrent ces trois règnes ensemble, f.n astronomie comme en physique, en chimie
comme en physiologie, les lois essentielles sont peu nombreuses. Commençons parcelles qui régissent la nature inanimée, et, pour plus de précision, distinguons les lois qui regardent la constitution des corps terrestres ou célestes, et celles qui règlent leurs opérations ou mouvements.
Inutile de rappeler ici les éléments communs aux différents corps terrestres. Mais ce qui vaut la peine d'être rappelé, ce sont les éléments communs aux corps célestes et aux corps terrestres ; car ceci est une nouveauté, une nouveauté considérable.
Jusqu'ici on avait rêvé pour les corps célestes — et une telle exception semblait naturellement convenir à ces êtres brillants et radieux — une matière plus subtile et plus pure, une matière k part et incorruptible. On enseigne aujourd'hui sans contradiction que les astres sont choses volumineuses, pesantes, denses, tantôt solides, tantôt gazeuses, seml)lables en bien des points à la matière d'ici-bas. — On en sait encore phis long; des fragments de corps célestes brisés sont tombés sur notre terre, aussitôt l'analyse chimique s'en est emparé et a découvert en eux du fer, du cobalt, du nickel, du manganèse, du cuivre et d'autres métaux et métalloïdes représentant à peu près le tiers des substances que la science a distinguées dans les corps terrestres.
Mieux encore: la lumière dufeoleil et des astres, soumise à l'analyse spectrale, a montré dans leur substance, à l'état de gaz ou de vapeur, du fer, du calcium, du magnésium, du sodium, du nickel, du
DANS l'univers. 223
chrome et probablement, mais en petite quantité, du zinc, du cuivre et du baryum.
D'autres observations intéressantes ont amené les astronomes, Laplace à leur tète, et de nos jours Miller et Stanislas Meunier, à regarder les étoiles, les pbis brillantes du moins, comme des corps construits sur le même plan que notre soleil, ayant une commune origine, et formés d'une matière en partie identique avec celle qui compose notre globe.
Quoi d'étonnant, après cela, que les mêmes forces s'exercent sur les corps terrestres et sur les corps cél«'stes? L'attraction, dont la nature reste mystérieuse, mais dont les effets sont raisonnes et mathématiquement prévus ou démontrés, l'attraction, dis-je, réglée par la masse et la distance, régit les astres les plus iTillants comme les plus grossières molécules et • laidit entre tous les corps une universelle sympathie. I.a lumière et la chaleur, dont nous avons montré |>his haut la féconde harmonie, d'où viennent-elles, sinon du mouvement des corps? Plusieurs ne voient Hi elles que des mouvements vibratoires et des ondulations; à leurs yeux, l'électricité elle-même apparaîtra bientôt comme le simple déplacement, et le Hwx d'une matière dont on ne constate l'existence que par ses effets.
Quant au monde végétal et animal, depuis la plante la plus obscure jusqu'au singe, ils ont en commun les tissus et la cellule, et les grandes lois de lagénélation, de la nutrition et de l'accroissement.
Si maintenant nous cherchons les lois générales
LE BEAL'
communes à ces trois grands règnes, corps bruts, végétaux et animaux, nous trouvons qu'elles se ramènent à trois. J.a première, due aux découvertes de la métaphysique éclairée de l'observation, veut qn, tous les êtres matériels sans exception se composent d'un double principe constitutif: un principe passif indéterminé, source d'étendue, et un principe actif' déterminant, source d'unité : en un mot, la mntirn' et la formr. - La seconde loi, dont l'expérience tout seule nous révèle clairement l'existence, montre ton. les cori>s soumis à des modilications, à des altérations plus ou moins profondes, mais ininterrompues changeant souvent de forme, mais gardant un fond persistant et commun au milieu de leurs continuelles variations.
Les astres eux-mêmes tond^'ul sous celte loi générale du changement et de l'évohition. « Lu science élargissant le cadre déjà si vaste de la beUe hvpothèse cosmique de Laplace, se [daît à nous montrer dans les astres qm iUuminent la voûte céleste, autant de globes parvenus à des degrés divers de leur développement. Ici c'est une nébuleuse à peine visible, où la condensation du noyau est encore indécise; à cùté, en voici une autre déjà pourvue d'un novaii brillant qui bientôt deviendra une étoile, c'est-à-dire un soleil. Parmi les étoiles, l'analvse spectrale nous apprend à établir des catégories : les unes sont plus jeunes que notre soleil; d'autres au contraire sont plus avancées dans leur refroidissement. Enfin voici les planètes, c'est-à-dire des globes émanés 'de la
DANS l'univers. 2^5
substance même du soleil qu'ils entourent, mais leurs petites dimensions les ont mal protégés contre 1..' rayonnement, et, déjà depuis longtemps, une écorce solide masque la fluidité de leur noyau.
be soleil n'échappe point àcelte évolution générale ; SOS rayons s'éteindront un jour, quand, à force de rayonner de la chaleur et de la lumière, il se couvrira à son tour d'une écorce solide.
Ainsi, à l'origine, une nél)uleuse qui se condense; à la fin une série de globes obscurs, placés dans des conditions telles qu'aucun des phénomènes matériels <iuc nous connaissons ne peut plus s'y accomplir; la luort substituée à la vie, l'obscurité à la lumière ;'tel est le tableau que la science moderne nous autorise à entrevoir (1). »
Enfin, grâce à la troisième loi, dont nous avons aussi la preuve par l'expérience, toutes les actions •les minéraux, des végétaux et des animaux s'accomplissent dans la matière, moyennant un mouvement quelconque, mais en vertu d'une force qui n'est pas matérielle.
Pour l'homme, être singulièrement admirable, petit el grand tout ensemble, à la fois corps, végétal, animal et esprit, sa riche et complexe nature le soumet
(1) M. do Lapparent, IHscours prononcé au congrès hiblioq internatwn. tenu à Paris, 4 juillet 1878. - Cette opinion est paraiîée par M. Tait (Théorie Ihernio-dijnamique de la chaleur trad. de 1 abbé Moi-no, p. 83). Duprô, doyen de la faculté des sciences de Hennés, Clausius, le célèbre professeur de l'université de Wurzbourg (Cf. Hevue des cours scientitiques, no lo o« année). ' i » "»
22fi LE BEAU
à la législation la plus variée; toutes les lois dont nous avons parlé le gouvernent ensemble el ne laissent au hasard ou à l'imprévu aucun de ses actes. Mais toutes ces lois, un seul et même législateur les a portées, et sa sagesse les a si parfaitement subordonnées et accordées entre elles, que dans ce pelil monde, comme dans le grand monde, vous ne voyez jamais ni dissension ni conflit.
A ces nombreuses analogies qui paraissent dans la nature et les lois du monde visible, vient s'ajouter une analogie d'un nouveau genre : l'analogie des imitatiojis, produit de la réalité et de notre imagination réunies. Les étoiles du firmament sont pour nous les /leurs d'une immense prairie, fleurs qui conservent plus longtemps leur éclat que les autres, cependant caduques et éphémères comme elles. Et les fleurs de la terre sont les étoiles des prairies. Comme la terre, l'océan a ses chemins et ses forets, ses prairies et ses animaux. Comme l'océan, la terre a ses tempêtes et ses vagues, ses montagnes et ses collines, el surtout ses plaines à l'immense étendue. Ne vovczvous pas ces plantes, impatientes de se sentir attachées au sol, entrepremlre sur mer de lointains voyages, ou confier leurs graines aux ailes du vent, pour porter ailleurs une partie de leur nombreuse postérité? — L'eau courante ou agitée par le vent ne nous offre-t-elle pas une vivante image de notre course rapide et tourmentée? Nous prétons l'oreille à sa voix tantôt grave, tantôt aiguë, tantôt tonnante et terrible ; il nous semble que le ruisseau, en serpen-
DANS l'univers. 227
tant, murmure et babille; que le fleuve gronde, que le torrent mugit, que la mer se courrouce et menace le ciel (1). Voilà comment rien ne demeure isolé dans la nature; tout s'accorde, tout se lient comme dans une société bien ordonnée, et les êtres les plus éloignés, les plus dissemblables, se rapprochent et s'unissent par des liens mystérieux et inattendus.
IIL Reste, entre tous les genres et tous les individus dont se compose l'univers, un lien plus intime et plus étroit, le lien de l'action mutuelle et de la finalité. Leibnilz et 3Ialebranche avaient une idée bien étrange: renfermer chaque substance en elle-même, la priver de toute espèce de rapport avec les autres substances.
Mais pour emprunter à saint Thomas une excellente remarque, la tentative dont on vient de parler, si elle pouvait aboutir, porterait un coup fatal à l'ordre du monde et partant à la beauté. On l'a vu en
(1) « J'aimais le soir, à me promener sur les bords de la mer le? flots surexités venaient se briser sur le rivage : ils étaient semblables à des montagnes qui s'élevaient et s'abaissaient alternativement. Les herbes flottantes, les petits cailloux et les co- 'luillages étaient agités et ramenés dans tous les sens. Mais le rocher solide demeurait calme dans son immobilité. Ce spectacle était pour moi tout un enseignement. La mer, c'est la vie ce sont les choses humaines : n'y trouvet-on pas l'amertume et l'jnstabilité, et les vents et les mouvements imprévus'' Au miheu de cette mer de la vie, je voyais des caractères faibles sans énergie, emportés par les vagues et n'offrant aucune résistance. D'autres établis sur la pierre, qui est le Christ, élevés par rénergie de leur caractère au-dessus du vulgaire, demeurent immobiles et supportent les secousses e les agitations des vagues, avec une fermeté d'âme qui ne sait point se démentir. »» (S. Grégoire de Nazianze, oratio 26, c. 8, 9.)
effet, les créatures innombrahles qui peuplent l'univers sont séparées les unes des autres parla diversitrde leur nature; si donc elles n'ont les unes sur les autres aucune influence, aucun lien ne les rattache et Ton ne saurait dire qu'elles se réunissent pour former un seul et même univers (1).
3Iais Dieu a fait la nature à son image: expmiski et coimminkativo. Les êtres (jui nous environnent, bien que divers et soucieux de leur bien propre, in* sont ni égoïstes, ni jaloux; ils se rendent de nombreux services; ils donnent et reçoivent tour à tour. Les cori)S inanimés échangent leur lumière et leur chaleur; entre les corps inégalement échauffés, s'établit l'équilibre de température, équilibre d'où naissent plusieurs autres harmonies. La chaleur accumuléo dans des corps différents, en excite les affinités ♦»! détermine la combinaison. Le soleil donne sa lumière avec libéralité, et mille êtres s'empressent de la répandre en tout sens, de la mulli[)lier à l'infini. C'est un axiome de la science moderne que tout mouvement reçu se transmet aussitôt; rien ne sr perd, tout raijonne ; comme il y a des échos pour le son, il yen a pour la lumière et la chaleur.
La nature inanimée se donne aussi à la nature animée ; elle enrichit de sa substance tous les vivants.
(1) <» Si a rébus subrahantur actiones. subtrahitur ordo rerura ad invicem; rerum enim qu.T sunt divers.T secundum suas naturas non est coUigatio in ordinis unitatem. nisi propter hoc Muod quaBdam agunt, et quaedam patiuntur. »> {Coni. Gent. 1. III, c. 69).
DANS L*UMVERS. g^O
-V.us lavons vu, tout ce qui vit se nourrit de sucs ompruTitôs à la terre, ,leau, d'air, de lumière et de
rlialeur.
A le.ir tour, les végétaux, par leur respiration, l'".nl-nt 1 au-, favoriseut la respiration des animauxtout ce .,u -ils ont, ils le livrent : graines, sucs, feuilles,' Meurs et fruits. Maisceux-ci connaissent et pratiquent H leur manière la grande loi de la reconnaissance • ils servent à ceux-là de fécondateurs et de semeurs
l'n.s, l.-.nimal se ,lonne à Ihomme, ainsi que tout !<• reste de la nature (1). - Mais si l'homme attire à sm tous les êtres inférieurs, à son tour il leur rend l'l">* <|«i -I na reç.i. C'est la matière qui lui permet de ^;.;av.ter, de végéter, de sentir; mais c'est lui qui lelcve au-dessus de terre, qui la transforme en organisme humain et, en sa personne, lassocie à la l'ens.-.e, à la vertu, à l'acte sublime de la religion.
.Nous venons d'assister au plus magnifique specl'clo, qui. humainement parlant, se puisse ici-bas contempler : les êtres les plus dissemblables reliés
(1) -■ Si alicnjus totius et partium cjus volimus nnem a^oi 'r.are. .nveniemus primo quidem quid singX partes sunt" propter suos actus, sicut oculus ad videndura LunHn %»- :luod pars isnot.ilior est propter nobiliorersi™utLn™pter tellectum .. Tertio vcro. omnes parles sunt propter perfec ionem totms. sic igitur et in partibus univerrunLuinue creatura est propter suum actum et perfecUonem sZnHn autem creatur.-e isnobiliores sunt propternobi ores s'c"^^^^^^^^^^ ur,!, qua, sunt infra bominem sunt propterTZl sin/ute utem creatura, sunt propter perfectionem totius u™;e,!s^ù^ nus autera totum universum cum singulis suis parUbus il dmatur m Deum, sicut in Onem. » 1» , q. 44 a 4 /*"""'^ °'
entre eux et soumis à un' petit nombre de lois communes, la plus inconcevable variété ramenée à l'unité la plus baute. Payons un tribut d'admiration et d'amour h la sagesse qui a su concevoir un tel ouvrage, ta la puissance qui a su l'exécuter. « Il nV a pas un seul être qui ne soit en relation avec le tout, qui ne se compose avec l'ensemble. Pour mettre chaque être en harmonie avec lui-môme et avec le tout, il a fallu un esprit capable de tout concevoir, de tout embrasser, de tout créer, de tout ordonner. Ainsi nul être particulier n'est à lui-même sa cause, car pour qu'il fût sa cause lui-même, il serait nécessaire qu'il fût la cause du tout. L'unité harmonieuse du monde proclame une cause unique et supérieure au monde (1). d
§ IV. La perfection de l'univers et le mal.
L'excursion, malheureusement trop rapide, que nous venons de faire dans les principales régions de l'univers nous l'a montré magnifique de variété, de proportion, de mesure, d'harmonie, d'unité. Tout cela, c'est de la perfection, de la haute, très haute perfection. Dirons-nous que c'est la perfection portée à sa plus haute puissance, à ce point que Dieu luimême ne puisse ni faire ni seulement concevoir rien de plus grand, ou de plus achevé? De brillants esprits ont eu cette pensée ; ropiimt'sme, un optimisme non
DANS l'univers. 231
pas relatif, mais aôsofu, a séduit Leibnitz et Maie- Itranche.
Il est pourtant remarquable que ces penseurs ont conclu 1 opl.mismc .lu monde plutôt d'après l'idée .ju ils se faisaient de Dieu que d'après l'observation • " monde hn-mème. A leur sens, le monde serait in- •l.gne de son auteurs'il n'était le plus parfait possible, et n.eu dérogerait s'il n'agissait toujours avec la dormere perfection. Pour Leibnitz, un moindre bien est doya un mal, et c'est agir imparfaitement que <1 agir avec moins de perfection qu'on n'aurait pu (1). Il ne nous convient pas de relever ici tout ce qu'a >i exorbitant un pareil principe. Disons seulement, pour nous en tenir au point de vue esthétique, que c est accorder trop peu de respect à un grand maître, a un artiste éminent, que de lui lier les mains, de 1 empêcher de concevoir ou de faire autre ciiose que ce qu'il fait. Et quand il s'agit de l'artiste suprême c est en avoir une bien basse idée que de ne pas le mettre mOniment au-dessus de toutes ses œuvres
A prendre les choses dans leur rigueur, toute œuvre serait imiigne de Dieu, d'après Malebranche s. elle n'était infinie. Or, il n'y a qu'un infmi de possible : Dieu lui-même. - Disons encore que la beauté au moM.le. telle qu'elle vient de se révéler à nos regards, pour n'être pas absolument infinie, n'a rien d indigne de la sagesse infinie de son auteur. Mais si nous rejetons l'optimisme absolu de Leib-
(1) Ch. Lévôque, Harm. provid.. Préface, p. 6, 2» édit.
(I) Discours de méCaph., n. 3; Théod., p. ir., § s.
nilz et de Malebranche, nous admettons sans roservo roptimisme relatif de saint Tlionias et de Bossiiet. Le monde actuel n'épuise ni la sagesse, ni la honlé, ni la puissance de son auteur; Dieu aurait pu en créer un autre d'une plus haute excellence; il aurait pu dormer plus do perfection à chaqiie partie prise sépan'inent, faire par exemple (jue rintelligence de l'homme fût plus prompte ou plus sûre, que l'astre du jour fût plus cliaud ou plus radieux.
Mais dans un tout vaste et complexe comme l'univers, il ne faut point considérer une partie à l'exclusion des autres, il faut pcMiser à toutes, car toutes doivent s'accorder et s'harmoniser ensemble, et la beauté est beaucoup moins le n'sultat «les ditrérentes individualités, prises séparément, ([ue de rérpiilibn' et de l'ordre g<'»m''ral. Si raut«'ur ihî la nature se fût trop exclusivement attaché à la beauté de telle ou telle créature en particulier, la proportion aurait pu être brisée au «hM riment des autres, comme si un artiste tendait outre mesure une des cordes de la lyre, l'harmonie générale en serait altérée (i).
Voilà le danger qu'a soigneusement évité l'artislp suprême. « Dieu a répandu sa sagesse sur toutes ses œuvres; Dieu a tout vu. Dieu a tout mesuré, Dieu a tout compté. Rien n'excède à regarder le total, rien
(1) " Universum, suppositis istis rehus, non potest esse melius, propter decentissiraum ordinem his rebas attributum a Deo. in quo bonum univers! consistit; quorum si unum aliquod esset melius, corrumperetur proportio ordinis. sicut si una chorda plus debito intenderetur, corrumperetur cithanpdœ melodia. » 1«, q. 25, a. 6., ad 3.
DANS l'univers. ^^3
"Vst plus grand ni plus j.elit qui! ne faul; ce «ui -M.hle défectueux dun côté sert à un ordre supén.M.r 01 plus caché quo Dieu sait. Tout est répandu à l.loMies mains, et néanmoins tout est fait et donné im- compte. Ce qui lemporlerait d'un côté a son .•mitre-poids dans lautre. La balance est juste et l<'qudibrc parfait (1). „
Xull-ment; le mon.lo actuel est mauvais, aussi mauvais que possible; il est le IhéAtre du mal et du .l"sordre. » Loin .le révéler Dieu, la nature est immorale; le bien el le mal lui sont in.lifrérenls(2) ,,
l-a tbi-se du j>rssmis>n>', telle que nous venons de 1 énoncer, est de tout point insoutenable. Ouil y ait ' " '"••'I. <ie.s irréKularilés, ou même des désordres 'l.-ns le monde phy.sique et moral, lexpérience le montre, et personne ne songe à le contester
Toutefois, au point de vue estliélique, le seul nui '"•'«s occupe ici, el à considérer le mal comme un Mnplc désordre, comme une noie discordante, on i"'Nt opposer aux pessimistes trois .lécisives réi-nses : 1- l.aus le monde, le dé.sordre, l'obscurité, -l 1 accident; Iharmonie, la lumière, est chose permanente, universelle; 2- le' désordre particulier "•Mire dans un ordre supérieur, le mal se termine au i"<*" ; 3» 1,1 qu'il est, avec le mal qui au premier .:l.ord semble ob.scurcir sa beauté, le monde est en "•ahte plus parfait qu'il ue le serait sans le mal. n abord, par sa notion môme, le mal est un prin-
il) Uossuet, Œuvres compl.. t. xxv, p. 394. •<;) Renan. Avenir de la métaphysique.
cipe de désorganisation^ de destruction, d'andantissement. Si donc, au lieu d'être l'accident, il était la règle, s'il était supérieur ou même égal au bien, aucune loi, aucune harmonie ne pourrait durer ni même s'établir, les astres se heurteraient, se briseraient l'un contre l'autre, la lumière s'éteindrait, la chaleur se refroidirait, la vie cesserait, le monde s'abîmerait dans le chaos.
Mais rien de tout cela n'existe. Chez les êtres inanimés, comme chez les vivants, dans l'océan, sur la terre et au firmament, partout, nous le disions tout à l'heure, l'ordre règne en souverain, la loi est constante et universelle, la dérogation passagère et locale. Seulement, plus que le bien, le mal frappe nolro vue, attire notre attention, parce qu'il est un trouble de l'ordre, dont nous suivons, sans y prendre garde, l'évolution tranquille, comme nous sentons plus vivement la maladie (pie la santé, ou comme nous comptons, dans une nuit sereine, les étoiles caduques qui pleuvent du firmament, sans songer aux mondes innombrables dont la course régulière se poursuit sans trouble dans les cieux.
Encore si la note discordante tombant au milieu de l'universelle harmonie provenait de quelque impuissance, de quelque défaillance, on pourrait en faire une faute au souverain artiste. Mais il n'en est rien. Les rares anomalies que l'on signale dans la nature, l'auteur de la nature les sait et les veut; par un artifice admirable de sa sagesse, toujours il fait rentrer un désordre apparent ou particulier dans un ordre réel
DANS l'univers. ^35
el plu8 général, toujours il fait servir le désaccord à 1 .armon.e, le mal à un plus grand bien. On la établi pl"s haut par cent exemples (1); dans la nature orga- .nque aussi bien ,,„e dans la nature inorganique, 1 l.annome résulte de l'opposition des contraires
Cette inaltérable harmonie du monde physiaue le .non,le nm-al nous en offre une vision plus admirable encore. D.eu permet à l'homme d'abuser de sa liberté • ."a.s au fond même de la conscience coupable, il' excite le remords, chargé de rappeler les droits iml'a'scnptibles de la vertu et de faire rentrer le nécheur dans l'ordre (2). S'il permet les tyrans, il susnte les martyrs, et s'il n'y avait ici-bas aucune nnqu.te on ne verrait briller ni la patience du juste, ". le zèle vengeur des magistrats : Non laudaretur mtUia widicantis et patkntia sufferenth, si non esse( tntf/ititas pnrscf/ nantis (3).
Saint Thomas a grandement raison : « Il appartient
a la 1 rovKlence de permettre certains défauts parlicu-
lors de peur d'empêcher une plus grande perfection
'lans 1 enscnble. Car si Dieu empêchait tous les maux
I nmvers se verrait privé de plusieurs biens (4) ., '
Ln disciple de l'angélique Docteur commentait
(2i Pœna autem vehemens, ac multo sœvior illis
!?nwl!.''^*"'"'"' ^'''^'^ '"''«""• «' nhadamantus, Nocte diequesuum gestare in pectore testem- Pnma est hœc uUio. '
(3) I.. q. .8. a. 2, ad s!'"'"*'" ""'''• ^"'' ^' '^•> (1) 1*. q, 22, a. 2, ad 2.
LK BKAf
ainsi les paroles du Maître : « En vue du bien gévéral, le bien partkuUor a dû être sac^fi(^ Ne vovez-vous pas, dans la nature, la partie s'exposer pour le tout, le bras s'exposer pour la défense du corps? De mAnie, Dieu a fait la pluie en vue du bien ^^énéral, quoiqu'il pleuve fréquemment avant la rentrée des grains. Si le grain se plaignait à Dieu d'être détruit j^arla pluie, Dieu ne maïujuerait pas de lui faire celte réponse : J'ai établi une loi générale, d'après laquelle il pleut toutes les fois que des vapeurs luimides se sont élevées de la terre et ont formé des nuages. Je suis Tagent loiiversol; je n'ai [)as voulu suspendre une règle qui était bonne, en raison de quelque mal particulier que je prévoyais. Je n'ai pas voulu renverser miraculeusement une loi de la nature, à moins ([ue je n'eusse un motif grave de le faire; .j-'ai voulu et je veux gouverner le monde en abandonnant les cboses à leur propre cours et à leur mouvement (1). »
Concluons avec saint Augustin, les faits aussi bien que la raison nous y autorisent : Dieu est tout puissant et infiniment bon tout ensemble. Sa ])onté ne lui permettrait [)as de soulFrir le moindre mal dans ses œuvres, si sa puissance n'avait le moven de tirer le bien du mal lui-même (2). Diriger le mal à son gré, le permettre et l'arrêter cjuand il faut, le contraindre, malgré sa nature et ses oppositions, à servir le bien,
(l) Gilles de Colonne, Sent., dist. 3, q. 1, a. 3, t. II.
{2) «( Deusomnipotens nullo modo sineret raalum aliquod in operibus suis, nisi usque adeo esset omnipotons et bonus, ut bene faceret etiam de malo. » {Encliir., c. 2 )
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à produire un plus grand bien, n'est-ce point ici le chef-d'œuvre de la sagesse et le plus glorieux triomphe du bien?
Voilà nos deux premières assertions mises hors de doute. La troisième semble plus rebelle à la preuve, et nous ne serions pas étonnés qu'elle parût à quel- ([ues-uns hardie, téméraire, peut-être même paradoxale. Que ceux-là se rassurent, à qui nos hardiesses font peur; s'ils refusent de nous suivre jusque-là, nous n'avons pas besoin de les y contraindre : il n'est point nécessaire à la thèse que le monde soit plus parfait avec le mal que sans le mal, puisqu'il n'est point nécessaire qu'on le tienne pour le plus parfait possible ; le monde sera assez beau, du moment qu'on aura reconnu que Tharmonie, la lumière est la chose permanente, que l'ombre ou l'obscurité n'est que l'accident, et que le mal se résout au bien.
Cependant saint Thomas va plus loin. 11 professe ouvertement que le monde est plus parfaU, plus beau par conséquent, s'il s'y rencontre des créatures ca- [>ables de défaillir : « Dieu, la nature, un agent quelconque fait ce qu'il y a de mieux dans l'ensemble, non ce qu'il y a de mieux dans telle ou telle partie, sinon en tant que la partie se rapporte au tout; or, Tensemble des créatures est meilleur, plus parfait, si, parmi elles, il s'en trouve qui puissent s'écarter du bien et qui s'en écartent quelquefois en effet, Dieu le permettant ainsi (1). »
(1) 1«, q. 48, a. 2, ad 3.
^^ LE BEAU DANS l'uNIVERS.
Mais, dites-vous, c'est précisément la question. Eli bien, voici la réponse du Maître; il la tire tout entière d'un principe esthétique, d(uit nous croyons avoir montré la valeur : « La beauté achevée de l'univers demande qu'il y ait de Vinéfjalité parmi les êtres dont il se compose, afin que tous les degrés de la perfection soient reproduits et représentés. Or, c'est un degré de la perfection qu'il y ait un être si grand que jamais il ne puisse défaillir, et c'en est un autre qu'il y en ait d'assez petits pour pouvoir s'écarter du bien. On a un exemple de ces divers degrés dans l'être lui-même : car il y a des êtres qui ne peuvent perdre l'être, à savoir les êtres incorruptibles, et il y en a qui peuvent le perdre, comme les êtres corruptibles. De même donc que la perfection de l'univers voulait qu'il y eut non seulement des êtres incorruptibles, mais encore des êtres sujets h se corrompre, ainsi elle voulait qu'il y eut des êtres sujets à manquer au bien ; ce qui entraîne cette conséquence naturelle, qu'ils y manquent quelquefois (i). »
La thèse de saint Thomas pourrait recevoir une nouvelle lumière de l'argument si cher à Malebranche, c'est-à-dire de la simplicité et de la généralité des lois de la nature. « Un monde plus parfait, mais produit par des voies moins fécondes et moins simples, ne porterait pas tant que le nôtre le caractère des attributs divins. Dieu pourrait convertir tous les hommes, empêcher tous les désordres; mais il ne doit pas pour
(1)1*, q. 48, a. 2, ad 3, c.