NATURE DES LOIS ET CONCLUSION
Quant à la distinction des lois à priori et des lois à posteriori des phénomènes, elle a sans doute sa signification et sa valeur au point de vue des sciences positives et de la psychologie de l'intelligence ; mais, du point de vue supéiieur de la métaphysique, elle s'évanouit. Toute loi, si on considère sa nature, est nécessairement à priori ; les lois à posteriori ne sont que des « spécifications » plus ou moins exactes des lois à priori. Inversement, si l'on considère l'opération par laquelle elle se formule, toute loi est nécessairement à postérioii, et les lois à priori ne sont, pour ainsi dire, que des « généralisations » plus ou moins hâtives des lois à priori. Leibniz de même, après avoir, dans sa polémique contre Locke, maintenu la distinction cartésienne des idées qui viennent à l'âme du dehors et de celles qui lui sont innées, n'en est-il pas
venu à reconnaître que « toutes nos idées, même celles
• des choses sensibles, viennent de notre propre fonds?»
En résumé, dans ce difficile problème de la nature des rapports et des lois, le plus obscur sans doute de tous ceux que se pose l'esprit humain, une solution définitive nous échappe encore ; mais peut-être en possédons-nous les éléments nécessaires dans cette conclusion, qui découle, ce semble, de toutes nos analyses: « Les phénomènes ne peuvent être relatifs les uns aux autres, ils ne peuvent être régis par des lois que si on les suppose tous enveloppés dans une même intelligence consciente. »