‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 29 sur 77 · NATURE DES LOIS ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

NATURE DES LOIS ET CONCLUSION

autre chose, en un sens, que le rapport le plus général des phénomènes, la ressemblance qui leur est commune à toutes, celle, à vrai dire, par laquelle ils sont tous des phénomènes ? Pour la loi, comme pour le sujet de la conscience, la difficulté est de comprendre comment l'un et l'identique peuvent rester tels, malgré leur indissoluble union avec le multiple et le différent.

Allons plus loin : la condition nécessaire de la connaissance des lois ou des rapports généraux des phénomènes, c'est la conscience de l'identité de la pensée. La Critique de la raison pure a bien vu cette profonde vérité lorsqu'elle a placé dans « l'unité synthétique de Tapcrception pure >> le princi|)e suprême de toute connaissance. En effet, la loi est l'invariabilité d'un rapport qui se retrouve identique au sein des circonstances les plus diverses, aiu plus lointains intervalles d'espace et de temps. Mais cette identité de la loi ne peut être connue et, par conséquent, ne peut exister si le sujet de la pensée qui compare et lie entre eux les phénomènes ne se pose lui-même comme identique. Et il ne s'agit plus seulement ici d'une identité continue qui se prolonge, en qui^lque sorte, sans défaillance d'un anneau à l'autre de la chaîne, mais d'une identité, pour ainsi dire, intermittente, qui se ressaisit cependant et se reconstitue, malgré les interruptions et les lacunes. Kant prétend, il est vrai, qu'autre chose est l'identité d c la pensée, autre chose la permanence de la substance ; seule, selon lui, Texpérience externe nous oflTie dans la matière un objet vraiment substantiel et peimanent en

LES RAPPORTS DES PHÉNOMÈNES

contraste avec la fugitive mobilité du sens intime. Mais, tout au contraire, la substance, telle que nous pouvons la connaître au dehors de nous, n'est qu'un concept général, un rapport plus souvent affirmé que perçu, qui présuppose, comme toutes les lois, la conscience de lldentité de la pensée (i).

Telle est l'intime liaison des lois de la nature et du sujet de la conscience qu'on peut indifféremment prendre l'un des deux termes comme la condition nécessaire de Tautre. Si, d'une part, les lois ne se réalisent que dans l'unité du sujet, ne peut-on dire, d'autre part, que l'unité du sujet ne se réalise que par les lois ellesmêmes? Un philosophe contemporain (2) a paru chercher, en effet, dans les deux lois des causes efficientes et des causes finales (dont toutes les lois de la nature ne sont, à ses yeux, que des foimes particulières), les conditions organiques de Tunité de la pensée. Une telle méthode peut, croyons-nous, prêter à de fausses interprétations. Elle semble traiter, dès l'abord, les phénomènes comme des choses en soi et faire engendrer la pensée par leurs rapports, alors que les phénomènes et leurs rapports ne se définissent que par la pensée. Mais il ne faut sans doute y voir qu'un simple artifice d'exposition. A tout prendre, c'est là un des aspects de la .vérité. La vérité totale, c'est que le sujet et les lois s'impliquent réciproquement. Ce cercle vicieux est la nature même des choses.

(1) V. plus loin, rh. ix.

(2) Lachelier, Du Fondement de l'induction.

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