VI. Jésus-Christ Prêtre pour le CieL
Pour mieux faire entendre ce raisonnement de l'Apôtre, disons qu'entre les Juifs par la disposition de la loi , personne ne pouvait offrir la chair des animaux en sacrifice qu'il ne fui Prêtre de la tribu de Lévi. C'est pourquoi le Fils de Dieu étant sorti selon la chair de la tribu de Juda, et non de celle de Lévi , il est évident que pour être Préire, il devait offrir non une victime étrangère , mais qu'il devait offrir sa propre chair. D'ailleurs , comme il doit être un Prcire toujours vivant pour être toujours cause du salut des hommes , il faut aussi que sa victime qui est sa propre chair, soit toujours vivante : autrement si elle était morte, dès-lors il ne serait plus Prcire par la forme de serviteur qu'il a prise. Or maintenant
qu'il est toujours vivant dans son Hostie, il est toujours un Prêtre céleste et non terrestre ; d'autant que celle sorte de Sacerdoce qui est fondée sur la puissance d'une vie immortelle , ne convient point à la lerre: Tant s'en faut donc que son élévation au plus haut des Cieux lui ravisse rien de son Sacerdoce et lui en interdise les fonctions, qu'au contraire elle le met en état de les exercer : puisque , selon Saint Paul, s'il était sur la terre , comme les autres Prêtres , il ne serait pas Prêtre.
VII. Consommation du Sacerdoce de Jésus - Christ prouvée en l'Ascension,
Il y a une belle preuve de cette vérité au cbap. 9 de l'Epître aux Hébreux dans la figure du grand Prêtre. Après l'immolation solennelle, qui se faisait tous les ans , d'un bouc pour l'expiation des péchés du peuple, il entrait par le premier Tabernacle dans le second , qui s'appelait le Saint des Saints , portant en ses mains le sang de celle victime. 11 conjurait Dieu , dans la vue de ce sang qu'il lui offrait et élevait devant lui , d'oublier tant ses ignorances et ses péchés , que ceux de tout le peuple d'Israël : et par cette
cérémonie, dit l'Ecriture, se faisait Texpiaiion de toutes les offenses.
C'est ce que l'Apôtre Saint Paul nous enseigne avoir été selon la vériié accompli en Jésus-Christ , qui étant Pontife des biens futurs , est entré , non dans le sanctuaire fait de la main des hommes sur le modèle du véritable, mais dans le Ciel et dans le sein même de Dieu. Il y est entré par un tabernacle bien plus auguste et plus parfait que celui de Moïse , comme n'étant point formé par la voie commune et ordinaire , ni travaillé par l'art ou par la main des hommes comme l'autre; c'est-à-dire qu'il y est entré par l'ouverture de son propre Corps. Il y est entré après nous avoir acquis une rédemption éternelle, après avoir donné son sang pour prix de notre rachat , et pour nous tirer de la servitude et de la mort dans laquelle nous étions engagés par nos iniquités. Il y est entré afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu , pour abolir le péché en s'offrant lui-même pour victime , et pour intercéder sans cesse en notre faveur. Ce qui était figuré dans la loi lorsque le grand Prêtre
étant entré dans le Tabernacle , se tenait debout devant le sanctuaire en priant pour le peuple , et offrant à Dieu le sang de la victime qu'il portait en ses naains.
VIII. Oblation du sang de Jésus- Christ dans le Ciel , Sacrifice mémoratif.
Que si le Prêtre léviiique entrant dans le sanctuaire , offrait le sang des victimes qui avaient été immolées, c'est-à-dire des boucs et des veaux, et qu'en les offrant en mémoire de la mort par laquelle elles avaient passé, cette oblation qu'il en faisait était un vrai sacrifice, ou plutôt la consommation et la perfection du sacrifice même; si en vertu de ce sang il avait l'assurance de se présenter à Dieu , et de faire des prières et des supplications, n'égorgeant ces victimes au dehors du Tabernacle que pour offrir ce sang à Dieu dans le Tabernacle même; disons aussi que Jésus-Christ n'a versé son sang à la Cnoix qu'afin d'offrir ce sang à Dieu dans le vrai sanctuaire , et qu'il n'a fait la première oblation de soi-même sur la terre, qu'à dessein d'en faire dans le Ciel une seconde pour l'expiation des péchés des hommes.
ÎX. Deux ohlations , l'une avant r immolation y et l'autre après.
Ceci nous donne lieu de remarquer une imporlante vérité , qui nous est insinuée au premier et second chapitre du Léviiique et ailleurs. C'est qu'encore que toutes les parties du sacrifice ne fussent qu'une oblation , néanmoins Toblalion se faisait particulièrement et manifestement en deux cérémonies. La première , lorsque l'on amenait la victime à la porte du Tabernacle, et qu'on la présentait au Prêtre, qui en prenait possession au nom ei de la part de Dieu. La seconde, lorsqu'après son immolation, le Prêtre en versait le sang autour de l'autel , et que prenant la graisse et une partie de la chair , il relevait vers le Ciel , et la mettait sur l'auiel des holocaustes pour être brûlée à son honneur : et cette élévation s'appelle une oblation dans l'Ecriture, et une approche de Dieu ; d'autant que par elle le Prêtre est en état de prier. La première oblation se faisait pour la mort ; la seconde se faisait comme le mémorial de la mort: La première pour satisfaire à la justice de Dieu en transférant la peine que méritait
le coupable par ses pécliés sur une viciime innocenie ; la seconde , pour appliquer celle salisfaciion au i)r<)rit de celui qui l'offrait, et pour obtenir de Dieu que ses péchés no lui fussent point imputés.
Or toutes ces choses n'étaient que des ombres et des figures de ce qui se devait passer en Jésus - Chrisl : et cette fi^'ure nous oblige de reconnaître dans la vérité, qu'outre la première oblation que Jésus- Christ a faite de soi-même à la mort, par laquelle il a transféré et porté sur soi la peine de nos iniquités , il en faut encore reconnaître une seconde , qui s'est faite à son élévation au Ciel, qu'il y continue toujours par lui-même , et que les Prêtres font aussi sur la terre en son nom et en sa personne dans le sacrifice de l'Eucharistie. Cette oblation est comme une commémoration de sa mort, accompagnée de la prière sacerdotale , par laquelle comme Pontife des biens futurs et véritables, et comme ministre du sanctuaire céleste, il demande à Dieu que sa satisfaction nous soit imputée et appliquée pour la rémission de nos offenses et notre réconciliation avec lui.