‹ L'idée du sacerdoceChapitre 33 sur 47 · XXI. De la Communion du Sacrifice de Je sus -Christ · texte numérisé non relu

XXI. De la Communion du Sacrifice de Je sus -Christ

La communion et la consomption ou consommation dans le sacrifice de Jésus- Christ se pourraient mettre ensemble, parce qu'elles ne sont différentes qu'en leurs formalités. Car la consomption et consommation dans le Fils de Dieu est la perte de sa vie mortelle et étrangère, la destruction

de ses orjjanes , c'est l'entrée dans la vie de la gloire, qui lui était due, et lui est propre, comme Fils de Dieu. Or la communion n'est autre chose que la jouissance de cette même vie dans le sein de son Père.

Pour entendre ceci, il faut remarquer que le Fils de Dieu naissant ici-bas sur la terre est entré dans une vie qui ne lui était pas propre, mais étrangère à sa nature divine. Car il est né dans un corps qui portait la ressemblance d'Adam, sujet à la peine du p.éché, et par conséquent indigne du Fils de Dieu, qui ne doit avoir qu'une vie divine. Ceci se peut comprendre par la différence qu'il y a entre la génération éternelle et le mystère de l'incarnation. Dans la généralion éternelle, le Père produit son Fils, le produit- dans son sein , et le produit pour y demeurer éternellement. Dans l'incarnation i) produit ce même Fils , mais dans un sein étranger, et lui donne une vie qui pour être dans la ressemblance de la chair de péché, in simililiidinem carnis peccati , ne doit pas toujours durer. Ce que nous ne devons pas trouver étrange, si nous considérons que le Fils de Dieu dans sa naissance temporelle est produit par la venu de son Père , mais

comme anéantie en la personne de sa Môre> per virtutem Palris exvnamlam in Virgine. Vij'tus Altissimi uhiunhrabit tibi. Luc 1, 35.; vertu qui ne laisse pas néanmoins de lui donner droit à celle nouvelle vie , qu'il ne reçoit que par le mystère de sa Résurrection. C'est par ce mystère que le Fils de Dieu entre dans une vie qui lui est propre, et qui convient à sa grandeur ; il entre dans le sein de son Père, il y entre pour jamais : de sorte que nous pouvons dire que dans rincarnation le Fils de Dieu est né Fils de l'ilomme , et dans la Résurrection le Fils de l'Homme est né Fils de Dieu , selon ce que dit Saint Paul dans l'Epître aux Romains : Touchant son Fils , qui lui est né selon la chair du sang de David, qui a été prédestiné pour cire Fils de Dieu dans une souveraine puissance ^ selon l'esprit de sanctification, par sa Résurrection d entre les morts. Rom. 1. 3. Or ce retour et cette rentrée , pour ainsi dire, du Fils de Dieu dans son Père, s'appelle communion, d'autant que tout Jésus-Christ est dans le sein du Père Eternel. Et c'est en ce point que s'accomplit en vérité la communion que les Juifs voulaient que Dieu eût avec leurs victimes : car les Juifs disaient que Dieu

— 8i — participait et communiait au sacrifice, en recevant l'odeur de leurs victimes , benè odoratus est. Et la principale intention qu'ils avaient en mangeant ce qui en restait, était pour entrer en communion de i'hosiie avec Dieu. Or cela se fait selon la vérité dans le Sacrifice de Jésus-Christ. Car après cette consomption et consommation , et après cette résurrection qui le l'ait être à son Père, il est en quelque façon mangé par son Père, si on peut parler ainsi, ce que je m'en "vais expliquer plus clairement.

XX[I. Comment Dieu communie au Sacrifice de Jésus-Christ.

Je remarque 1^ que dans l'impossibilité où nous sommes de concevoir l'absolue simplicité de Dieu , lorsque l'Ecriture nous parle de lui , explique ses opérations ou décrit quelque chose de Dieu qui a son imitation parmi les hommes, elle lui attribue les mêmes choses dont les hommes ont besoin à cause de leur impuissance. Ainsi quand elle nous le représente engendrant son Fils , elle parle de cette sorte : Ex utero genui te ; je vous ai engendré de mon sein. Quand elle

parle de cette seconde Personne en qualité de Fils , elle nous le représente dans le sein du Père : Ze Fils unique qui est dans le sein du Père, Jean, 1. Quand elle en [)arle en qtialité de Verbe et de parole du Père , elle nous le représente dans la bouche du Père: Je suis sorti de la bouche du Très- Haut. Elle donne à Dieu un sein, pour nous montrer qu'il est père et mère dans celle génération ; car ce sont les mères qui ont un sein , mais c'est le père qui y engendre les enfants. Do même nous pouvons dire avec l'Ecriture que le Fils de Dieu est dans la bouche de son Père , parce qu'il est sa parole éternelle ; que la bouche dans les hommes est le propre lieu de la parole , et que la parole des hommes ne se fornje que dans leur bouche.

Je remarque en second lieu que Jésus- Christ la veille de sa mort demanda à son Père Eternel qu'il lui donnât la clarté ou la gloire qu'il avait de toute éternité dans son sein. Il ne la demandait pas pour sa Divinité, car elle l'a toujours eue de touie éternité. Ce n'était point non plus pour son âme : car elle était particif)ante de celte clarté divine dès le premier moment de sa création. C'était donc pour son Corps, Or Jésus-Christ

obtint l'effet de cette prière au moment de sa Résurrection, dans lequel il rentra, pour. ainsi dire , dans le sein et dans la bouche de son Père : Je suis sorti , dit-il lui-même , de mon Père, et je suis venu dans le monde ; je sors maintenant du monde , et je m'en vais à mon Père. Jean , 16. 28.

Le Père entra donc en communion de son Fils comme victime en le ressuscitant après sa mort, le recevant dans son sein, et lui communiquant sa clarté et sa gloire divine. Car la seconde Personne de la Trijiité Sainte qui est Jésus-Christ , a de toute clerniié la clarté divine et la gloire dans le sein de son Père, comme Fils , et dans la bouche du Très- Haut en qualité de son Verbe et de la parole de Dieu : mais il n'a rien paru de celte gloire et de cet éclat dans le Fils de Dieu pendant sa vie sur la terre, excepté le moment de sa Transfiguration. C'est dans l'instant de sa résurrection qu'il a reçu en son Corps cette clarté et cette gloire dans le sein et dans la bouche de son Père, et que son Père est entré en communion de son Fils en le retirant pour ainsi dire , dans sa bouche et dans sOn sein selon son Corps. Car quoique Dieu n'ait ni bouche ni sein.

le Saint-Esprit se sert néanmoins de ces termes, pour nous faire entendie en quelque faijon la manière en laquelle le Père engendre son Fils de toute cierniié dans son propre sein , une seconde fois dans le temps au sein de la Vierge, et une troisième fois au sein de la gloire. C'est en celle troisième naissance, que le Père communie à son Fils et il y communiera de cette manière éiernellement : Car le Fils de Dieu étant une fois ressuscité d'entre les morts ne meurt plus ; et la mort n'aura plus de pouvoir sur lui. Rom, 6. 9.

XXIII. Jésus-Christ sacrifice éternel dans le Ciel en vérité.

Comme le Prèire élevait la victime vers Dieu ; ainsi .Jésus-Clirist a é(é une fois élevé sur la Croix. La victime semblait monter à Dieu dans la (lamme et dans la fumée ; et Jésus-Christ y monte en vérité dans la nuée revêtu de gloire au jour de son Ascension : et dans cet état de gloire , il sera éternellement le sacrifice du Ciel ; mais sacrifîce dans lalseule vérité et réalité, sans mélange do figures, ni de signes ; parce que tout ce qui

est au Ciel y est sans voile, sans nuages, et dans l'état qui lui est propre : In propriâ specie.

Dans l'unité de rE(>,lise il y a comme trois Ef]lises différentes. 1^ L'Eglise des Juifs, qtii n'a eu que les figures et ne connaît rien que par énigmes. 2" L'E;;!ise des Saints, qui ne voit que fies vérités, et connaît les choses en elles-mêmes. 3 L'Eglise des Chrétiens ; et celle-ci a les vérités, mais sous les figures. C'est pourquoi lorsque Jésus-Christ fjaraît après sa résurrection même, c'est toujours sous une figure empruntée, tantôt sous celle de pèlerin , tantôt sous celle de jardinier; et c'est aussi une des raisons pour lesquelles il se donne , quoique glorieux , au Saint Sacrement sous les apparences et sous la figure du pain ei du vin.

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