‹ L'idée du sacerdoceChapitre 38 sur 47 · XXX. Divers effets de la vie , de la mort et · texte numérisé non relu

XXX. Divers effets de la vie , de la mort et

de la résurrection de Jésus- Christ

dans son sacrifice.

L'Eglise qu'il veut sauver par ce sacrifice, est composée de divers membres répandus dans tous les siècles depuis Adam jusqu'à la fin du monde. C'est par sa vie qu'il a mérité

cette Eglise, c'est-à-dire, qu'il lui a mérité toutes les grâces que les hommes qui composent son Eglise, ont jamais eues, ont présentement et auront jusqu'au jour du jugement dernier. Par sa mort il a ôté l'obstacle qui empêchai t les hommes de recevoir ses grâces, parce qu'il a satisfait pour leurs péchés à la justice de Dieu , qui les regardant auparavant comme des criminels et des débiteurs insolvables, les devait punir, bien loin de leur donner sa grâce. Enfin par sa résurrection, c'est-à-dire, dans l'état de sa résurrection, il donne et applique aux hommes la grâce, qu'il leur a méritée par sa vie, et qu'il les a rendus capables de recevoir par sa mort.

Voilà l'ordre et l'économie des mystères de Jésus-Christ. Ceci nous explique pourquoi Jésus -Christ n'a envoyé le Saint- Esprit qu'après sa résurrection : il fallait que son sacrifice, dont les différentes parties sont composées de ses divers mystères, fût parfait et consommé par la glorification de la victime , avant que le fruit nous en fut appliqué par le Saint-Esprit. Il fallait que le Père Eternel communiât à son Fils en le recevant dans son sein, avant que l'Eglise

y communiât en recevant le fruit de ses souffrances et de sa mort, son Esprit et sa grâce, son corps et son sang par les Sacrements. Il était convenable qu'il fût selon son humanité dans l'état auquel il produit de toute éternité le Saint-Esprit avec le Père, c'est-à-dire, qu'il fut dans le sein du Père, et réuni à son principe, pour envoyer avec lui le Saint-Esprit à son Eglise.

Quoique nous ayons dit que Jésus-Christ a mérité par sa vie son Eglise, et qu'il a satisfait pour elle par sa mort ; il est néanmoins très-vrai que la mort de Jésus-Christ a mérité , aussi bien que toutes les actions de sa vie, et que chacune des actions de sa \ie a satisfait en rigueur de justice à Dieu aussi bien que sa mort. Mais l'ordre de Dieu pour notre salut voulait que Jésus-Christ dispensât de telle sorte ses mystères qu'il ne se contentât pas d'offrir pour l'expiation de nos péchés quelques actions, mais qu'il offrît sa vie pour nous mériter sa grâce, et sa mort pour satisfaire à la justice de son Père , quoiqu'elle méritât aussi commeéiant une action de Jésus-Christ très-libre et infiniment sainte.

XX XL Melchiscdech , en quoi figure de Jésus- Christ,

Pour montrer maintenant comment Melchiscdech a été figure de Jésus-Christ selon les deux dernières pariics du sacrifice , il faut remarquer exactement toutes les circonstances qui conviennent à Melchisédech, ei tout ce qui lui est attribué par Saint Paul dans le chap. 7. de son Epître aux Hébreux.

Il s'appelait Melchisédech, qui signifie Pioi de Justice , selon l'explication de Saint Paul ; et il était Roi de Saleiiiy ce qui signifie selon le même Apôtre , Boi de Paix. Cela nous fait voir que Melchisédech était figure du Souverain Prêtre Jésus-Christ en tant qu'il est vrai Roi de justice et de paix, dans le Ciel , à la droite de Dieu son Père.

2. Il est sans père, sans mère, et sans généalogie : pour montrer que Jésus-Christ n'a point été fait Prêtre du sacerdoce, selon lequel Melchisédech a été sa figure, par droit de succession , et pour être né d'un Père qui ait exercé la même charge avant • lui , ainsi qu'il se pratiquait dans le sacerdoce d'Aaron.

3. Il esl représenté comme n'ayant eu ni commencement ni fin de sa vie : pour faire connaître que le sacerdoce de Jésus-Christ, qu'il figurait, n'était point borné à un certain temps pour la durée, et ne passe point à plusieurs personnes par succession, comme il se pratiquait dans celui d'Aaron ; mais qu'il est éternel et sans fin. Il paraît, par les livres des Machabées et des Rois, qu'il y avait un livre du sacerdoce d'Aaron, qui faisait mention des actions des souverains Prêtres, de la durée de leursacerdoce, quand il avait commencé et fini , et quels étaient leurs successeurs. Mais Jésus-Christ est sacrificateur éternel selon l'ordre de Melchisédech : son sacrifice n'ayant point été reçu par succession, et avant continué sans que personne lui ait succédé.

k. Melchisédech offrit du pain et du vin à Dieu ; puis donna les choses offertes à manger à ceux de la famille d'Abraham, qui venaient de remporter une grande victoire sur les Rois qui emmenaient captif Loth neveu de ce Patriarche. Et Jésus-Christ . donneàmangeraux vrais enfants d'Abraham dans le ciel, après qu'ils ont vaincu durant celte vie les ennemis de Dieu et de leur salut,

le vrai pain céleste de la vie éterneîle , qui est Dieu même. 11 les fait participer et communier à son Corps et à son Sang, mais d'une manière toute céleste et toute divine, sans voiles, sans figures, sans sacremenis et sans imp'erfection. Car il témoigne en Saint Mathieu , chapitre 26, qu'il donnera ce céleste aliment dans le ciel : Or je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce fruit de vigne jusqu'à ce jour auquel je le boirai nouveau avec vous daîis le Roijaume de mon Père. ^lath. 26. 29. Il est vrai que les Saints ne boiront point du fruit de vigne dont nous buvons ici tous les jours dans les repas ordinaires ; mais ils boiront de ce fruit de vigne que Jésus-Christ donna à boire à ses Apôtres, et dont il but lui-même après la Cène, c'est-à-dire son Sang adorable, glorieux et tel qu'il convient au Fils de Dieu glorieux et immortel.

XXXIÏ. Le sacrifice du Ciel et celui de la Messe est le même.

L'Eglise de Jésus-Christ qui combat sur la terre , et celle qui règne dans le Ciel , ne sont pas deux Eglises, mais une seule. Elles

ne doivent par conséquent avoir qu'un sacerdoce et qu'un seul sacrifice. C'est pourquoi Jésus-Christ dans la Messe, qui est le sacrifice de l'Eglise militante , exerce le même sacerdoce et offre le même sacrifice que dans le Ciel selon l'ordre de Melchisédech, avec cetie différence que la communion qu'ont les Saints à Jésus-Christ dans le Ciel, est sans interruption et éternelle, au lieu que la nôtre est journalière et passagère; parce qu'ici nous sommes assujettis aux vicissitudes du temps et aux nécessités de la vie présente, tandis qu'au Ciel, il n'y a point d'autre durée que l'éternité , et point d'autre occupation que le sacrifice, et sa communion éternelle. Au Ciel les Saints communient à Dieu et à Jésus-Christ dans sa jouissance, [;arce qu'ils le voient face à face , et tel qu'il est ; ici nous communions à lui sans jouir de sa vue, et nous ne le voyons que des yeux de la Foi, quoiqu'il soit réellement présent: Videmus nunc per spcciiluiii et inœniQmate. 1. Cor. 13. 1. Joan.3. Dans l'ancienne loi, on n'avait (pie les figures sans la vérité ; nous avons maintenant la vérité sous les figures pour servir d'exercice à notre Foi , qui n'est que des choses qu'on

— lOo — ne voit point, aux Héb. ch. 11. el dans le Ciel , lieu de jouissance et de lumière, nous aurons la vérité à découvert et sans voiles.

XXXIII, 5m?' la Croix et en la Messe même sacrifice.

Mais direz- vous, le sacrifice de la Messe est-il aussi le même que celui de la Croix ? Je réponds à cela que le sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix , en tant qu'il le contient : car c'est Jésus-Christ immolé sur la Croix qui est présent sur l'Auiel après la consécraii<»n , et qui y est ofi^ert comme ayant été immolé sur la Croix pour nous. Il y porte cet état de mort où les Juifs l'ont mis sur la Croix , c'est-à-dire la privation de la vie d'Adam. Néanmoins cette hostie n'y est plus dans la ressemblance de la chair du péché, mais dans la gloire et dans l'immortalité. Si vous me demandez s'il s'y fait effusion de sang comme en la Croix : je vous réponds qu'il s'y fait uns effusion du même sang quant à la substance, mais différent en tant qu'il est renouvelé par la résurrection. Et cette effusion selon le témoignage de Saint Luc, 22. 20 , se fait ea la Cène : car selon le Grec il y est parlé

— lOG — d'une effusion présente du calice. Cette effusion ne se fait pas visiblement et hors des veines de Jésus-Christ sur la Croix , mais dans les corps et dans les cœurs des com- Diuniants, ce qui est une effusion réelle, mystérieuse, sacramentelle et sanctifiante. En voici une excellente figure tirée de la loi.

Quand Moïse traita de l'alliance entre Dieu et le peuple d'Israël, il égorgea douze veaux, dont il mit le sang dans douze coupes: puis aj^ant proposé au peuple la Loi de Dieu avec les récompenses qu'il promettait à ceux qui la garderaient fidèlement, et les peines inévitables, qui étaient destinées à ceux qui la violeraient ; a[)rès que le peuple eut accepté l'alliance, et se fut engagé à observer la Loi en disant ces paroles : Nous exécuterons tout ce que le Seigneur nous vient d'ordonner, et nous lui serons parfaitement obéissants : Moïse versa sur eux le sang des douze coupes en disant : C'est ici le sang de l'alliance que le Seigneur vient de faire avec vous.

Notre Seigneur .Tésus-Christ a accompli la vérité de celte figure dans l'alliance qu'il a faite avec son Eglise. Car la veille de sa

mort, après avoir donné son corps '^ ses Apôtres, il prit la coupe et leur dit : Ceci est mon sanrff Je sang de la nouvelle alliance, qui est répandu pour vous : buvez-en tous. Comme s'il eût dit : jo ne verse pas aujourd'hui sur vous le sang des veaux, comme fit autrefois Moïse sur le peuple en établissant une alliance figurative entre mon Père et les vôtres : mais parce que je fais avec vous et avec mon Eglise une alliance nouvelle et véritable , je vous donne aussi mon propre Sang : non point en le versant sur vous pour vous laver seulement au dehors, comme faisait le sang de ces veaux , mais afin que vous le buviez et le receviez au-dedans de vous-mêmes, et que vos cœurs en soient sanctifiés d'une sanciificaiion intérieure, réelle et véritable.

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