IX. Jésus- Christ sacrifié dès le commen^ cernent du monde
C'est pour celte raison que le Fils de Dieu
est appelé dans l'Ecriture : Agnus occisus ah origine mundi ; Apoc. 13. 8. L Agneau immolé dès ta création du monde : c'est—
à-dire en figure , en mystère, en représentation, et comme en effij^Je. En effet dans les sacrifices d'Abel , d« Noé , d'Abraham, de Moïse et d'Aaron , c'était Jésus-Christ proprement qui était olTert et immolé ; c'était lui , dit Saint Augustin, qui était prédit et signifié, Dieu voulant qu'en ces premiers temps !e sacrifice de la chair et du san[; de son Fils fut prophétisé [)ar la chair et le sang des animaux. Car en ce qu'ils étaient exempts de défauts et de vices corporels , ils nous donnaient cette espérance qu'il se trouverait un jour un htmîme , c{ui étant exempt de l'impureté et des taches du péché , serait immolé pour nous. De là ces riches é[)iihcies que Saint Augustin donne partout à ces anciens sacrifices, qu'il appelle tantôt les paroles muettes des prom.esses , qui devaient finir par l'accomplissement do ces mêmes promesses, laniôt, avec l'Apôtre, les ombres des choses à venir, dont Jésus- Christ était le corps et la vérité : Quœ sunt umbra futurorum , corpus aulem Christi.
Colos.2. 17. Quelquefois des images Imparfaites de cet unique et véritable sacrifice, qui devait être offeit pour tous les péchés des homuics ; quelquefois auisi des pro-
phéiies de celte victime , que Jésus-Christ devait offrir en s'offrani hn-niême ; d'autres fois enfin des représentations qui promettaient la vérité du sacrifice qui se devait accomplir par Timmolalion du corps et du sang du Seif^neur. Dieu, ajoutait-il , en avait institué une si grande variété , comme pour dire une mAme chose j)ar plusieurs paroles, la recommander et l'annoncer souvent sans dégoût , et pour consoler les hommes , en leur promettant de tant de différentes manières et par tant de figures cette seule victime véritable, par laquelle il les voulait réconcilier avec lui ,en leur remettant leurs péchés, et les réunir à lui en Jésus-Christ notre Seigneur , qui pour cela est devenu le chef des Fidèles, dont il a composé son propre corps , et qu'il a faits tous ses membres.
QUE JÉSUS-CIffiIST EST PRÊTRE SELON LORDRE
DE 3iELCHISÉDECH , ET NON SELON
L'ORDRE DAARON.
I. Jésus-Christ Prêtre non selon Tordre d\iaron , mais de Melchisédech.
Jésus-Christ devant être Prêire, comme nous avons dit, a(în d'êire notre Médiateur, il ne le pouvait être selon l'ordre d'Aaron, ainsi que l'enseigne le grand Apôire, Hcb^ c. 7. Car on ne pouvait être Prêtre de cet ordre, si Ton ne sortait de la tfibu de Lévi et de la race d'Aaron fils de Lévi, à laquelle Dieu avait attaché le Sacerdoce légal par ui) commandement exprès et inviolable.
C'est pour cela que les Juifs, de peur de se méprendre en une chose de telle importance , avaient coutume de faire un dénombrement très-exact de tous les descendants d'Aaron , de leurs pères et de leurs mères, et d'en garder soigneusement les généalogies, pour justifier le droit qu'ils avaient à la prcirise par cette ligne de succession ; et celle ligne s'appelait l'ordre
d'Aaron. Puis donc que Notre Sei^jneur Jésus-Chrisi n'ciait pas de celle tribu sacerdotale, mais de la tribu royale de Juda, il est clair, comme dit l'Apôtre, qu'il ne pouvait pas êire Prêtre de cet ordre. Il le devait être d'un ordre supérieur, que le prophète, en lui adressant sa parole de la part de Dieu, appelle l'ordre de Melchisédech; non que noire Seigneur en soit descendu selon la chair , comme les autres Prêtres étaient descendus d'Aaron , dont ils composaient l'ordre ; mais parce que l'ordre éminent , dans lequel il est unique , et qu'il remplit seul, sans admettre d'associé , avait été, même long-temps avant le Sacerdoce d'Aaron , figuré par Melchisédech , à raison des grandes ressemblances qu'avait ce grand homme, comme parle l'Apôtre, avec celui dont il était la figure. En effet cet Apôtre qui rapporte ces mêmes paroles du Père Eternel à son Fils : Tu es Prêtre selon l'ordre de Melchisédech , les explique un peu après, en disant qu'il est Prêtre selon la ressemblance de "Melchisédech : comme voulant dire que c'est une même chose que d'être Prêtre selon l'ordre de Melchisédech , et de l'êire selon la ressemblance de Melchisédech,
— IG — et qu'il n'est pas Prêtre selon Tordre d'Aaron , parce qu'il est Prêtre selon l'ordre tracé dans celui de Mclclusédech, comme dans sa fîf,ure et dans ton ébauche. Ampliùs manifeslum est , si secundàm simiUludinem Melchisedeth exurgat aiius Sacerdos. Hébr. /. lo.
II. Comment Jésus-Christ est Prêtre selon l'ordre de Mekhisèdech.
L'Apôtre nous explique en quoi consiste cette ressonïhlance, quand il dit que le nom de Melchiscdech signifie Roi de justice ; qu'il était Roi de Salem (qui depuis a été Jérusalem), c'est-à-dire Roi de paix; qu'il est sans père, sans mère et sans généalogie , qu'il ne se trouve dans aucun catalogue do Prêtres , où il soit fait mention de son père, de sa mère, ni de ses descendants, pour jusiiFipr sa prêtrise par la succession charnelle; qu'il n'a ni commencement ni fin de sa vie, c'est-à-dire qu'il n'est parlé dans l'Ecriture, ou le caialogue des Prêtres, ni de sa naissance, ni de sa m.ort, comme il est [larlé de celles des autres Prêtres: afin d'insinuer ï)ar ce silence mystérieux qu'il demeure en figure pour toujours, sans qu'il
ait succédé à personne, puisqu'il est introduit sans père et sans mère ; et sans que personne lui ait succédé, puisqu'il est sans généalogie.
ni. Jésus-Christ Mekhisédech véritable.
Or toutes ces qualités conviennent excellemnioni a»i Fils unique de Dieu. Il est lloi de justice et de paix, puisqu'il est venu au monde pour les y faire naître avec lui , selon cet oracle de son Prophète : La justice fleu- 'Tira sous son règne , et la paix y régnera parfaitement. Vs. 71. 7. Il est sans père, sans mère, et sans descendants, c'est-à-dire sans ancêtres et sans successeurs en l'ordre sacerdotal. Il n'y a ni commencement ni fin en son Sacerdoce par voie de succession, il n'y a point de commencement par succession, puisqu'il ne le lire de personne que de Dieu par une consécration toute divine, par laquelle il a été oint d'une manière plus excellente que tous ceux qui ont jamais porté la qualité de Prêtres; Proptereà unxit te , Deus , Deus tuus oleo exultationis prœ participibus tuis. Ps.4-4. 8. Il n'y a point de fin, parce qu'il ne l'a transmis à aucun successeur, qu'il ait revêtu de sa dignité en s'en
dépouillant lui-même. D'où il suit que c'est lui véritablement , et non pas Pfîelchisédech, qui est Prêtre à jamais; et qu'il est établi pour réternité dans son Sacerdoce , parce qu'il est Prêtre, non selon la loi d'un ordre et d'une succession charnelle, c'est-à-dire qui attachait le Sacerdoce à la naissance et à la succession selon la chair , mais par la puissance d'une vie immortelle, et qui ne peut être détruite. Qui non sccundàtn legem mandati carnaUs factiis est , scd secundàm virtutemvitœ insolubilis, Hébr. 7.