‹ L'ideé johannique de la vie [microform]Chapitre 1 sur 12 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Si la conscience humaine a des besoins permanents et universels qui demeurent à travers les âges et qu'on retrouve, plus ou moins, chez tous les peuples civilisés, il reste vrai que chaque génération envisage la réalité à sa manière. A chaque époque il y a des idées qui émergent, dominant toutes les autres et sollicitant l'attention de tous ceux qui pensent. A vrai dire, ce ne sont pas tant des idées générales que des catégories sous lesquelles toute observation, toute donnée de conscience, toute préoccupation d'avenir vient se ranger. Ce sont aussi des forces, qui donnent l'impulsion et la direction à la pensée . On n'est pas libre de les éviter; c'est comme un aimant qui attire. On peut répondre par oui ou par non aux questions qu'elles posent, mais c'est à de telles questions qu'il faut répondre et non à d'autres. Du reste, aucune de ces préoccupations ne tombe ; elles s'accumulent plutôt qu'elles ne se remplacent. Les horizons s'élargissent, les synthèses deviennent plus vastes, les problèmes prennent des formes nouvelles; mais si nous arrivons

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jusqu'à leurs éléments, nous y retrouvons ce qui intéressait nos pères.

Une idée à laquelle de nos jours on revient constamment, c'est celle de la vie. Toutes les autres se groujDent et s'agrègent autour de ce centre. La question scientifique qui nous apparaît comme la plus haute, c'est celle-ci : Qu'est-ce que la vie ? Et la question pratique qui nous préoccupe comme étantlaplus pressante, c'est cette autre qui en découle : Gomment faut-il vivre ? Sans doute ce double problème a toujours été le fond de toute philosophie et de toute morale, mais il revient aujourd'hui plus impérieux que jamais, à la fois simplifié et agrandi. Il veut être résolu pour lui-même, avec les seules forces de l'entendement^ qui n'est plus entravé par les préjugés intérieurs ni parles contraintes du dehors: résolu théoriquement, et c'est toute la science; résolu pratiquement, et c'est toute la morale, non pas seulement individuelle, mais sociale.

Autrefois c'était la théologie, mue elle-même et inspirée par les besoins de l'Eglise, qui proposait les questions et fournissait le cadre à l'activité de la pensée. Aujourd'hui c'est le contraire, mais cela n'ôte rien à la raison d'être de la théologie. Elle serait morte ou près de mourir, si elle travaillait à résoudre des questions qui n'auraient plus prise sur la conscience universelle. Mais si elle applique ses efforts, avec ses propres données et ses propres méthodes, à la solution de ce qui tient au cœur même de l'humanité, alors elle

est vivante. Comment la théologie abdiquerait-elle, quand les questions qu'elle traite rejoignent de toutes parts les problèmes les plus actuels?

Les meilleurs chrétiens déplorent qu'un nouveau réveil religieux tarde tant à venir, mais qui sait s'il ne procédera pas d'une cause inattendue? Nous ne croyons pas nous exagérer l'importance des indices, en pensant qu'un réveil moral est en train de se produire. Partout se fait sentir un grand besoin « d'action bonne ». Mais comment arriver à bien agir si on n'a pas confiance en la vie 9 Déclarer qu'elle vaut la peine d'être bien vécue, c'est mettre à la base un principe moral. N'est-ce pas faire plus encore, et n'y a-t-il pas là l'ébauche d'un acte de foi? C'est ce qui ressort d'un livre de morale laïque tout récent que M. Payot vient de publier à l'usage de l'enseignement secondaire. Il y est dit que nous devons avoir cette confiance en la vie et «croire à l'orientation raisonnable de la Puissance inconnue ». Il ne manque plus que le nom même de Dieu.

Nous nous proposons dans ce travail d'étudier l'idée de vie dans l'Evangile et la première Epître de Jean. Il va sans dire que nous n'avons pas eu la jjrétenlion de faire œuvre d'historien en étudiant cette notion dans ses antécédents hébraïques ou judéo-alexandrins ; c'est là une tâche qui nous dépasse de beaucoup. Nous avons seulement voulu nous mettre en face des textes, qui ont pour nous une valeur inappréciable, car nous avons la conviction raisonnée qu'ils contiennent la

pensée la plus profonde du Maître. Est-il nécessaire d'ajouter que nous n'avons point eu en vue de les faire concorder avec une doctrine préconçue qui nous serait chère ?

Nous avons examiné les paroles de vie respectueusement, sincèrement, en même temps qu'avec une pleine liberté, et nous avons essayé d'en faire jaillir la lumière qu'elles contiennent.

Nous avons mis à contribution la première Epître aussi bien que l'Evangile. Comme elle est surtout pratique, elle avait à nous fournir des données précieuses sur la vie spirituelle. Quant à l'Apocalypse, quel que soit l'auteur de ce livre, il nous introduit dans un ordre d'idées tout autre, et nous n'avions rien à y puiser pour notre sujet.

Nous divisons notre travail en deux jDarties. Dans la première, nous considérons la formation et l'entretien de la vie si3irituelle dans la personne humaine. Trois grandes questions se posent: De qui vient-elle? Et c'est surtout dans le prologue que nous trouvons la réponse. — Comment se produit-elle ? et nous nous arrêtons sur la nouvelle naissance. — Quel est son aliment ? et c'est alors le discours sur le pain de vie que nous avons à étudier.

Dans la deuxième partie, nous nous demandons ce qu'est la vie en elle-même, et nous la considérons tour à tour comme lumière, salut, souverain bien, amour.

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